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La vipère du Levant (Vipera lebetina)



Des herbes drues, coupantes, recouvrent chichement
Un sol de poussières qui remplit tout l'interstice
De blocs colluvionnaires figés depuis longtemps,
Libérant seulement quelques grains de silice.

Seul un vent chaud et sec anime ce paysage
Déserté par les Dieux, (pour une fois, ils sont sages)…
Par les démons aussi, aucune tentation
Ne pourrait justifier pénitence en ces lieux.

Je crains que l'on soit seuls, qu'en dehors de nous deux,
Jamais bête du sol n'a pris de location.

Alors, brutalement, nous sommes face à face.

La surprise me fige et vous la peur, sans doute.
La vue de mon venin, à elle seule, vous trépasse !

Je suis grosse comme le bras, pourtant je vous redoute,
Je gonfle, je souffle, je siffle et surtout me ramasse
Quand votre main s'avance, je me détends d'un coup.

Mal m'en prend, car sitôt, je suis saisie au cou.

Serait-ce déjà l'heure qu'il faille que je trépasse ?
Vous appréciez mon poids et aussi ma longueur.

De mes crochets énormes s'écoule mon venin,
Épais et jaune miel, il en coule sur vos mains.
Je crois que pour une fois, vous avez vraiment peur.

Tout votre sang vous quitte. Vous êtes tout en sueur.
La tachycardie vous tiquetaque le cœur…

Alors bêtement, vous m'allongez sur le dos,
En m'étirant la queue, vous me lâchez sitôt…

Le temps de me tourner, vous êtes hors de portée…

Quelle que soit ma rancœur, je préfère me sauver…
Je me glisse dans les ombres dans le creux d'un rocher.

Il nous faudra des heures pour enfin nous calmer.

*