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Le bécasseau violet (Erolia maritima)


Vous êtes perdu ou quoi ou complètement fou,
D'entreprendre si tôt, l'ascension de ce mont
Qui ferme, d'une falaise, un lac froid et profond,
Sans attendre, au moins, qu'il fasse un peu plus doux.

Vous vous êtes installé sur les bords de ce lac.
Votre tente est trempée et vous l'avez vidée
Pour qu'elle puisse sécher. Vous avez oublié
Qu'il fallait la lester, de deux ou trois galets.

Lorsque vous reviendrez, votre tente, patatrac,
Flotte au milieu du lac, déchirée et noyée.
Malgré tous vos efforts, votre canne à lancer,
Vous ne pourrez jamais, au bord, la ramener.

Certes, vous aviez senti, pendant que vous montiez
Ce coup de vent brutal qui manqua de bien peu
D'envoler la casquette et de vous faire tomber.

Je peux expliquer ce qui ce passe en ces lieux.

L'air, au-dessus du lac, la nuit, se refroidit,
Car l'eau du lac est froide, quatre ou cinq degrés.
Quand le soleil se lève, il réchauffe l'atmosphère.
Mais le lac reste à l'ombre, presque jusqu'à midi.

Entre l'air sur les eaux et l'air sur les terres,
Les dites températures varient donc à l'excès.
L'inversion est brutale et l'ouragan subi.
Votre tente dans le lac et vous, dans les ennuis.

Mais vous n'en mourrez pas et j'espère malgré tout
Que vous aurez passé, une belle journée.
J'aurai tout fait pour ça et seulement pour vous,
Car sur cette montagne, personne ne vient jamais

Je ne suis guère farouche. Je passe inaperçu.
Á moins que de la chance, un hasard bienvenu,
Vous fasse vous arrêter pour manger un casse-croûte,
Sur des rochers couverts de lichens en croûte.

Le hasard, toujours lui, voudra qu'au même moment,
Nous vînmes doucement, dans notre habit pourpré
Qui vous permit de suite, de savoir sur l'instant
Que nous étions, pour sûr, des bécasseaux violets.

On s'était déjà vu sur vos côtes bretonnes
Où je suis invisible, à moins que l'on ne fouille
Les rochers recouverts d'algues qui se cramponnent,
Qui glissent comme glisse l'épiderme des grenouilles.

Tout à coup, j'apparais de derrière un rocher
Où j'étais occupé à regarder la mer.
Souvent, je réfléchis à tous ces phénomènes
Qui font qu'à marée haute, les algues sont redressées,
Libérant les rochers qui restent recouverts
Par l'eau qui les recouvre et quand elle les découvre,
Les algues les recouvrent… Ça me fout la migraine !
Les moules, c'est le contraire au moment où elles s'ouvrent.

C'est la raison première, qui fait que bien souvent
Perdu dans mes pensées et souvent intrigué,
J'oublie de m'éloigner et me laisse approcher
Par ceux qui s'aventurent sur mes rochers glissants.

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