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Vide sanitaire


Les brebis cacochymes, atteintes d'Alzheimer,
Pourraient toutes bientôt connaître un monde meilleur.
Non pas d'aller en Chine pour les jeux olympiques
Ni même d'être privées de langueurs agoniques,
Mais bien de recevoir, à l'hôpital public,
Les soins qu'elles auraient eu dans les meilleures cliniques
Pour cause qu'on l'eût fermé afin qu'il soit rentable,
Pour la raison surtout que passait sur la table
D'opération, un nombre insuffisant de bœufs,
De moutons et de loups, malades et souffreteux
Auxquels on ferait l'ablation de l'appendice,
Ou la greffe du foie ou celle du phimosis.

Il ne servait à rien qu'on garde l'imagerie,
L'IRM, le scanner et la radiologie
Puisqu'on avait banni les pratiques chirurgiques.
On fermerait aussi les services obstétriques
Où l'on venait vêler, agneler, mettre bas
Pour la raison surtout que l'on n'arrivait pas
À en faire naître assez pour que cela rapporte.
Faute de nouveaux-nés vaut la clé sous la porte.

Tous les services techniques qui rapportent beaucoup
Iraient donc aux cliniques privées, aux mains surtout
Des Pandas et des fonds du pays des Bambous,
Des Bisons d'Amérique ou bien des Caribous.
Les urgences, les cancers et les soins palliatifs,
Les services, le dimanche, et les moyens poussifs
Seraient pour l'hôpital, unique et regroupé
Dans des lieux stratégiques où ne pourront aller
Que ceux qui marcheront encore sur leurs deux pieds.
Le temps manquant à ceux qui seront éloignés.

Dans des régions entières, le vide sanitaire
Sera la conséquence des contraintes budgétaires.
Et cela d'autant mieux, qu'au pays des Pâtures,
Il n'y aura plus d'essence à mettre dans les voitures.

17 avril 2008 / «® / ©»