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Le vautour moine (Ægypius monachus)


Ma montagne est de schistes. Ses pentes sont ardues.
Hier, elle a brûlé et le feu a léché
Un sapin centenaire sur lequel j'ai mon aire.
Jusqu'au dernier moment, je l'ai bien cru perdu
Mon petit dans son nid sur l'arbre conifère…
Mais il fut épargné, seulement enfumé.

Vous avez dû marcher sur des braises ardentes.
Celles-là mêmes qui faillirent vous cuire hier…
Quand la cigogne noire vous prévint juste à temps
Qu'il fallait, de mes monts, quitter vite leurs versants.

Vous êtes installé en hauteur, en surplomb
Pour observer mon jeune qui tourne tourne en rond
Sur les branches entassée, qui constituent mon aire
Sur mon arbre géant adossé à la pente.

Je fais un parasol de mes ailes déployées.
Je protège mon jeune des ardeurs du soleil.
Mon compagnon arrive et se frotte le cou
Sur mon cou, doucement. Il me saisit la tête
Ou plutôt la mordille, un peu, chaque côté.
Je lui en fais autant. Je lui rends la pareille…
Mon jeune s'impatiente, sollicite mon époux
Qui, du coup, dégurgite son repas et hoquette.

Vous êtes trop éloigné pour y voir autre chose.
Alors nous resterons ainsi pendant longtemps,
Immobiles et figés en gardant bien la pose,
Celle que vous gardez et garderez longtemps,
Jusqu'à la fin du temps puisqu'il vous est compté.
La fin de votre temps sauf si vous racontez
Cette journée d'été passée dans las Hurdes
Dont vous noterez qu'elles ressemblent trait pour trait,
Aux montagnes cévenoles qui plongent vers Alès,
Au trou du cul du monde perdu dans les Rhodopes
Où la police bulgare ne put vous débusquer.

Il est bien loin le temps où je peuplais l'Europe !

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