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Le vautour fauve (Gyps fulvus)


Si je devais compter les fois où l'on s'est vu,
Je n'aurais pas assez de rémiges primaires.
Il faudrait sûrement pour que je puisse le faire,
Que je me compte aussi toutes les plumes au cul.

En aurais-je même assez puisqu'on s'est vu de près
Sur les Causses, Cazorla ou bien à Monfrague ?
Monfrague, à l'époque, ce n'était pas un parc,
Juste le vague projet d'un à peine monarque.

Vous étiez installé en haut d'un promontoire
Qui dominait le Tage et d'où vous pouviez voir
Passer le pèlerin ou les cigognes noires,
Boire l'eau d'une source ne suintant que le soir.

Le matin de bonne heure, c'est-à-dire vers onze heures,
Je venais vous saluer lorsque vous déjeuniez.
J'allais prendre le mien, - au vol, à un quart d'heure
Ou une éternité si vous allez à pied ! -
De la dépouille mortelle d'une cabra montes
Qui avait dû glisser ou mourir de vieillesse…
Vous en avez gardé le crâne et le trophée
Pour servir de support aux toiles d'araignées.

Le soir, quand je rentrais, je me tordais le cou
Afin de voir si vous seriez à notre goût.
Nous faisions l'hypothèse de votre mort probable,
Du plaisir à vous inviter à notre table,
Car, pour voir des faucons, vous jouiez les casse-cou.
Vous n'avez même pas su vous griffer un genou.

Quelques années plus tard, un Français comme vous,
Dans ces rochers, chuta et mourut sur le coup.

Il n'en reste plus rien, si ce n'est une stèle…
Comme pour interpeller la notion d'éternel !

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