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La vipère aspic (Vipera aspis)



J'étais là bien tranquille sur ma roche calcaire,
Parmi les aspérules qui sentent si bon le foin,
Digérant une proie que j'avais tuée hier,
Une souris des bois croisée sur mon chemin.

Je prenais le soleil, tout restant à l'ombre
D'une touffe de millet… Je ne me trompe pas ?

Toutes ces graminées qui donnent à mon repas
Un goût de campagnol, j'arrive à les confondre.

D'ordinaire, aussitôt que je sens qu'on m'approche,
Je me glisse, sans un bruit, à l'abri d'une roche.
Mais vous étiez assis, guettant je ne sais quoi,
Immobile, comme mort, peut-être déjà froid.

Aussi quand je sortis, je ne vous sentis point.
Je rampai de mon long en prenant un grand soin
À humer les odeurs (je les perçois de loin)
Et du bout de ma langue, inspecter les recoins.

Alors je me lovai en faisant comme les chiens,
Plusieurs tours sur moi-même. Il faut bien vérifier
Qu'aucun autre serpent n'est déjà installé…

Cette saillie me plaît et me fait un grand bien
Mis à part qu'en riant, je décroche mes mâchoires
Et qu'il me faut bailler pour les remettre en place.

Je vais donc sommeiller en attendant le soir...

Mais je m'alerte d'un coup, quelque chose se déplace.

Deux chevreuils étourdis sautent sur le chemin.
Ils vous sentent, ils me voient, prennent peur, ils aboient…
Ils sont tellement près qu'on compte leurs canines.

Dites-moi, est-ce qu'ils ont, eux aussi du venin ?

Dans le doute, je m'éloigne et glisse dans la ravine
Et me cache dans le trou d'une souche de bois.

*