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Le vanneau éperonné (Hoploptertis spinosus)


Le lac Volvi s'assèche.

___________________Voyez dans le lointain,
Les doigts des spatules sont à peine recouverts,
D'une eau glauque, puante où la tortue étouffe
Dans un jus de plancton où meure le poisson
Dont se repaît la mouche dont la larve respire,
Avec un long siphon, l'ammoniaque de l'air.
Je crois que ça s'appelle la dystrophisation.

Deux ou trois pélicans hésitent à prendre un bain.
Des chevaliers noirâtres se pressent sur les bords.
Ce sont des arlequins qui arrivent du Nord.
Des glaréoles pressées hirondellent dans l'air
Qui souffle, surchauffé, des déserts tatars.
L'enfer est bien plus frais que n'est ce purgatoire.
La roche, ici, transpire tous ses oxydes de fer.
Des aigrettes égarées piétinent dans la vase
D'où remontent des proies et des bulles de gaz.

Sur un herbu touffu où grouillent des insectes,
J'ai installé mon nid sur les restes infects
D'algues filamenteuses en décomposition.

Je surveille mes jeunes avec grande attention,
Car les hérons crabiers, qui rôdent, hypocrites,
Ont tôt fait de les tuer, vite, les ingurgitent.
Je survole mon domaine et me plains en volant
Comme fait le huppé. C'est mon proche parent.

Dommage que je sois rare et très localisé,
Car je suis, je le pense, le plus beau des pluviers.

Bientôt, je partirai jusqu'aux abords du Nil.
Je nettoierai les dents de tous les crocodiles.
Je soignerai la peau, comme on le fait aux dames,
De ce cheval des fleuves qu'on nomme hippopotame.

J'ai un diplôme pour ça.
____________________Il date d'une époque
Quand ce lac ignorait le souffle de Moloch.

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