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Le vairon (Phoxinus phoxinus)



Je vous ai vu souvent pendant des heures durant,
Allongée sur la berge d'où votre tête émerge
Au-dessus du caveau où le courant faiblit
Et tourbillonne aussi, observer les gerris
Quand ils hydroglissent ou encore les gyrins,
En paquets d'au moins vingt, qui font des ronds dans l'eau.

Une touffe d'élodées qui fait gîte et refuge
Aux lamproies lucifuges, aux anguilles bébés,
Abrite également des gammares, au moins cent,
Une nèpe à l'affût, des naucores, des sangsues.

Sur les rochers moussus, dorment des ancylus.
Des simulies en larve vont naître vers le soir
Et avec leurs suçoirs, vous piquent jusqu'aux larmes.

Quant à nous, calmement, nous gobons l'invisible
Et faisons l'impossible pour vous être charmants…

Nous poursuivre un instant, remonter le courant,
Vous montrer nos couleurs ou encore faire semblant
D'avoir, d'un coup, très peur et de fuir tous en banc,
Revenant dans l'instant, nous ranger par longueur,
Dans toutes les profondeurs…

Nos alevins, juste au bord, embêtent des têtards
Qui ont pris du retard pour fabriquer un corps
De grenouille promise à la couleuvre d'eau…

Puis, après, aussitôt, leurs aînés, premiers nés.
Deux centimètres d'eau, au-dessus de leur dos,
À peine leur suffisent…

Et jusques aux profonds où nagent les plus âgés,
Le ventre déjà rond, non point de leurs bombances,
Mais d'œufs et de laitance pour faire des nouveau-nés,
Que vous reviendrez voir, oubliant de rentrer
Avant qu'il ne fasse noir et vous faire disputer.

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