®
Va... Couché !


Le soleil n'avait plus qu'une heure, à peine, à vivre.
Les nuages, sans du vent, ne sauraient pas le suivre.
Ils se contenteraient d'un peu de rose au pied
De leur pyjama gris qu'ils enfilaient mouillé.
Un héron taciturne regagnait son perchoir
Près de l'onde paresseuse du fleuve où se miroirent
Les troncs et canopées des forêts ripariales
Que tranche d'un sillon, en rides inégales,
La nage d'un rat pressé par quelque urgente affaire
Et qui fera mi-tour s'il avait mieux à faire.

Le soleil n'avait plus qu'une demi-heure à vivre.
Les nuages se paraient de couleurs qui les cuivrent.
Quelques mèches de brume abritaient des canards
Qui sortaient pour nager à l'abri des regards.
Un poisson énervé faisait des ronds dans l'eau
En gobant des insectes, sic utere tuo,
Dès lors qu'ils se baignaient, en costume de chitine,
En voulant échapper aux dents des sérotines
Qui frôlaient les ramures en chassant les phalènes.
Plus aucun bruissement n'agitait plus les fresnes.

Le soleil avait fait le temps de sa journée.
La nuit pouvait tomber et tout envelopper.
Des odeurs et des bruits, maintenant différents,
Resurgissaient des peurs qui plaisent aux enfants
Qui viennent qu'on leur raconte avant de s'endormir
Des rêves qu'ils feront et les feront sourire
Et frotter leurs grands yeux quand il sera grand temps
De quitter leur grand lit comme leur crie leur maman,
De lever les volets pour admirer le jour
Quand le soleil renaît comme il renaît toujours.