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Le turnix d'Andalousie (Turnix sylvatica)


Une piste de sable s'enfonce entre des pins
Qui vous offrent de l'ombre dessous leurs parasols.
Tout le sol est couvert de feuilles de palmiers nains
Dont les stipes s'arrêtent juste au niveau du sol.

L'extrême Andalousie s'écroule de chaleur.
Qu'il fasse jour ou nuit, à n'importe quelle heure,
Qu'un thermomètre sorte, aussitôt il explose
Victime d'apoplexie à laquelle il s'expose.

Des bandes de pies bleues d'origine incertaine,
Ramenées du Japon par quelque capitaine,
Se harcèlent, ragassent, sans cesse, dans les frondes.
Projettent-elles encore de nous refaire le monde ?

Elles sont bien effrontées et viennent vous voler
Quelques figues bien molles qu'on vous avait données.
Des cavaliers s'inquiètent de vous voir en ces lieux
Ils ont des carabines, mais pas l'air très sûr d'eux.

Camper ? No problema ! Sauf allumer du feu…
Non plus que n'approchiez les toros de combat,
Que des adolescents bien trop aventureux,
Excitent nuitamment avec la muleta.

La semaine d'avant, ils avaient tué un veau
Et s'ils recommençaient, c'est une balle dans le dos
Qui les caresseraient, car la guardia civil…
(On n'est plus sous Franco), c'est des perles qu'elle enfile !

À peine sont-ils partis que je me manifeste.
L'astre du jour se couche au milieu de la piste.
Le sable en rougit comme de l'orange, le zeste,
Au moment où l'hiver ramène son solstice.

Je traverse la piste. Je m'arrête souvent,
Saute dans le fossé, reparais un instant
Et me cache à nouveau. C'est alors que je crie,
Que je meugle plutôt. Il fera bientôt nuit.

Alors dans la pénombre, je me découvre enfin,
Me dresse tant je que peux et piétine sur place.
J'ouvre à demi les ailes comme font les pluviers.
Puis, je me jette en l'air en projetant les pieds
Comme les canepetières ou bien les grues cendrées…

Suis-je grue ? Suis-je râle ? Ou bien gallinacé ?
Je retombe, je me bosse, je tourne encore sur place,
Les ailes sur le dos. Vous ne verrez plus rien.

Mais m'entendrez encore, beugler comme un butor...
À moins que des toros ne rêvent à leur mort ?
Maintenant il fait sombre et au petit matin,
Vous aurez beau chercher, vous ne me verrez point.

Les cavaliers du soir vous apportent du pain.
Vous leur faites un café, leurs chevaux, du crottin.
Vous leur parlez d'oiseau, mais le mot pájaro
Vous écorche la langue à cause de la jota.

Cependant, ils vous disent où vivent les gangas ;
Qu'à les chercher, c'est sûr, il faut être loco ;
Que vous mourrez de soif ou pire d'un manque d'eau ;
Que les vautours fauves et les quebranhuesos
Ne laisseront de vous, ni la peau, ni les os.
Ils repartent au pas, au trot, puis au galop.

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