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Varanger


Le jour s'immobilise
Sur des schistes qui luisent,
Sur des plateaux gelés,
Des sols permafrostés,
Des suintements moussus,
Des tourbières bossues.
Des névés se morfondent
Près de plages de galets,
De cordages et d'épaves
De bois qui se confondent
Aux algues étalées
Et débris scandinaves.

Quelques farouches rennes
Aux bois démesurés,
Aux couleurs de lichens,
Se cachent dans des rochers.
Deux grands gerfauts paradent
Le long d'une falaise.
On dirait qu'ils trapèzent
En très longues glissades.

Un tourne-pierre se perd
Parmi des cailloux blancs
Qui s'envolent en criant.
Font le tour de la terre,
De l'arctique au pôle sud,
Juste par la voie des airs,
Pas en train, ni en skud.

Ce sont des sternes arctiques.
Elles piquent et houspillent
Une hermine qui pille
Un œuf qu'elle décortique.
La mer est grise de froid.
Un bateau croise un banc.
Un essaim d'oiseaux blancs
Picorent des anchois.

Sur des lacs qu'entourent
Des moraines anciennes,
Des plongeons vont et viennent
Des hareldes autour.
Un phalarope bouchonne.
Des bécasseaux minutent.
Quelques poissons saumonnent.
Des lemmings se disputent.
Il faut qu'ils en profitent
Avant qu'ils prolifèrent
Ou que des stercoraires
À longue queue, parasites
Ne les croquent, les disputent
Au renard, au glouton
Ou à l'émerillon
Et même à Belzébuth.

Les moustiques par milliards
Forment un épais brouillard
Au dessus du marais,
Du fantôme embourbé
D'un renne squelettique.
Et encore des moustiques
Perpétuelle obsession
Jusqu'à la rédition.

Le soleil à minuit
Rebondit sur la mer.
Les ombres sur la terre
S'allongent à l'infini.
Dans le port de Berlevåg
Y'a des marins qui se marrent.
On y vend des tomates
Plus chères que le caviar.