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On dit que je suis turque. Je suis plutôt indienne. Dix-huit, je ne sais pas ? _______________Mais qu'à cela ne tienne… Il y a déjà longtemps que je vis aux Balkans Et j'y serai restée si un événement Ne m'avait pas contrainte à une grande expansion. La conquête du monde devint une mission. L'une des nôtres fut dans une cage d'osier, Chez Nikola Tesla, la compagne préférée, De ce petit garçon dont l'électricité Deviendrait pour toujours la seule spécialité. Nikola, vous savez, était né à Smiljan, Qui est, en Croatie, la ville de Tudjman. Nikola inventa le courant triphasé Et le transformateur, sans lesquels jamais, Le courant électrique n'aurait pu arriver Transporté dans des fils de cuivre torsadé, Aux ampoules qui brillent, aux moteurs qui tournent. T'appuies à Kirkenes, ça s'allume à Melbourne ! Toute l'Europe, le monde, maintenant sont couverts De poteaux électriques jusque dans les déserts ! Mais vers les années trente, il n'y en avait guère. Dans les lieux reculés, seul le pétrolifère Éclairait, en fumant, les longues nuits d'hiver. Les Balkans, faut le dire, retardaient d'une guerre. Mais les progrès aidant, mon vieux pays sauvage Réussit à sortir aussi du moyen-âge. De Zagreb à Belgrade et jusqu'à Dubrovnik, D'Istanbul à Sofia, le courant électrique Fit ranger les bougies jusqu'au fond des tiroirs. Elles n'en ressortiraient qu'en cas de panne noire. Tout d'un coup, tous ces fils, pour nos petites pattes, Firent des perchoirs faciles sur lesquels on se pose, Quand après un vol bref, il faut faire une pause… Un fil succède au fil et bientôt les Carpates, Furent atteintes, dépassées, dès les années quarante. Nous étions au Danemark, vers les années cinquante. Le plus dur était fait et bientôt la Mayenne, Dès les années soixante, s'ajoutait au domaine Que nous agrandissions, conquérant la Bretagne, Le sud-ouest de la France, entrions en Espagne. Je profite d'un ferry pour les États-Unis Et m'installe partout dans les Nations Unies. D'aucuns diront, sans doute, que c'est billevesées, Balivernes, sornettes et même calembredaines, Qu'oser prétendre ainsi expliquer ma soudaine Expansion dans le monde qu'on dit civilisé. Mais dire que j'ai muté, sans avancer de preuves… N'est-ce pas essayer d'avaler des couleuvres ? Les antennes sur les toits pour la télévision, Les fils du téléphone ou ceux qu'on électrise … Expliquent aisément ma soudaine expansion. J'ai une autre hypothèse, sauf qu'on la contredise. Vous aurez remarqué que les miennes colonisent Les villes, les villages, bref, les conurbations. C'est à cause, bien sûr, de toutes les pollutions : Les vapeurs d'essence et les oxydes d'azote, L'ozone qui fait pleurer, les méthyles créosotes, Tous les cancérigènes qui fuient l'échappement Des moteurs des voitures, des camions, tout autant. J'ai passé un contrat avec des bactéries, Des virus, des levures et même des moisissures Qui vivent en symbiose dans un petit repli, Se nourrissant avec tous les hydrocarbures, Les acides, les caustiques et même les poussières Qui empestent maintenant toutes les atmosphères. Vous n'aimez pas non plus cette hypothèse-là. Allez donc vous faire foutre… Je ne vous retiens pas !
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