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La trempette dans un verre d'eau bénite.


Au pays des Pâtures, vivaient les Perroquets,
Leur vaisselle était d'or, leurs habits chamarrés.
Ils étaient, sur la Terre, les messagers d'un Dieu.
Apparemment très chastes, souvent libidineux,
Ils fréquentaient parfois des sites agneauphiles
Et les jeunes agnelles qu'il fait bon qu'on enfile.

Ils répétaient toujours les mêmes litanies
Sur le bien et le mal, dénonçaient l'hérésie
Qui touchait les Pâtures depuis plus de cent ans
Quand les Bœufs décidèrent, unilatéralement,
Que les peuples pourraient croire en Dieu s'ils le voulaient
Et s'ils ne voulaient pas, c'était leur liberté.

Les Bœufs étaient de gauche à cette époque-là.
Ils firent séparation de l'Église et l'État.
Et comme ils y étaient, ils eurent aussi l'idée
D'inventer le concept de la laïcité.
Le peuple des Pâtures se formerait l'esprit
Avec ses seuls neurones sans l'aide du Saint Esprit.

La conscience, la critique ou bien le jugement
Lui viendraient du savoir et du raisonnement.
Débarrassé enfin de tout irrationnel,
Il prendrait ses distances, volerait de ses ailes,
Sans qu'il lui soit besoin d'une source transcendantale
Sans laquelle il n'aurait été qu'un animal.

Les Perroquets, de fait, perdaient leur influence.
Les Bœufs comprendraient donc que les rots de leur panse
N'étaient pas des péchés, mais des éructations
Dues à des bactéries. Et que la contrition,
Qui leur fut imposée depuis qu'ils étaient veaux,
N'avait pas d'autre effet que les garder dévots.

Marabout* qui vivait au pays des Blés durs,
Quand Virus** fut élu au pays des Pâtures,
L'invita pour qu'il soit, comme veut la tradition,
Vêtu de la soutane qui sied aux ratichons.
Virus révisa donc l'histoire des religions
Pour ne pas passer totalement pour un con.

Mais la tâche, pour lui, s'avéra difficile
Puisque c'était un âne doublé d'un imbécile.
Il parla des Pâtures, des racines qui l'habitent,
Qui font que sa culture est d'essence moabite,
Regrettant, au passage, la souffrance indicible
Dont les Perroquets furent bien trop souvent la cible.

Il fallait qu'ils retrouvent toute la primauté
Pour enseigner la vraie morale retrouvée
Que les instituteurs, totalement fourvoyés,
Avaient, dans les écoles, complètement dévoyée,
Dénués, qu'ils restaient, du moindre sacerdoce
Quand Virus ou les prêtres l'avaient eu, tous, précoce.

Virus, à l'évidence, croyait au grand dessein
D'un Dieu qui le savonne, même le bout des seins,
Et mettait sur sa route, Pecora***, tout offerte.
(En matière d'ouverture, c'est une belle découverte).
" Et tant mieux s'il se fait qu'au pays des Pâtures,
Mon pouvoir d'achat reste une vraie sinécure. "

" La foi convient très bien aux bêtes qui espèrent
Quand la fortune nous fait tous bien gras et prospères.
C'est même dans l'intérêt du peuple des Pâtures
Que redonner des forces à des cléricatures
Qui pourront s'opposer à tous les dromadaires
Qui prient un autre Dieu et sont très en colère. "

" Menacent de nous sauter et de le faire avec.
Faudra-t-il que l'on gobe tous leurs salamalecs ?
Je m'en vais leur fourguer deux ou trois EPR,
Qu'ils se dessalent un peu avec leur eau de mer,
Installer quelques bases avec des militaires
Pour m'assurer du naphte pendant des millénaires. "

" Les Oryx vont comprendre la civilisation :
Elle réunit les bêtes, mais à la condition
Que celles qui sont faibles courbent encore l'échine.
Les vrais Dieux sur la Terre possèdent les usines,
Ils bronzent à l'année aux terrasses du Ritz
Et décident où et quand frappent les terroristes.
"

19 janvier 2008 / «® / ©»



* Marabout est gras comme un pape et parle benoitement.
** Virus est président des Pâtures.
*** Pécora accompagne Virus qui regrette qu'elle ne soit que transalpine.