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Une tourniquette pour faire la vinaigrette


Il était une fois au pays des Outardes
Où il ne pousse rien, partout où l'on regarde,
Que du naphte et du sel, un curieux souverain
Au nom d'Alibi* et dont la poigne d'airain
L'avait catalogué au rang des dictateurs,
Assez peu fréquentables ou bien à contrecœur.

Alibi avait pris le pouvoir par la force
À un roi corrompu qui se fit une entorse.
C'est une affection grave chez les oiseaux coureurs.
Cela justifiait donc qu'il fût parti ailleurs,
Absent de son pays et bien loin de son trône.
Alibi se coiffa sans peine de la couronne.

Il devint guide suprême de tous et des armées,
S'entoura d'amazones qui le protégeraient,
Fit la révolution, entreprit de chasser
Les bisons d'Amérique qui avaient installé
Des bases militaires et des agents secrets
Partout sur le pays dans le but avoué
De piller les richesses du peuple des Outardes,
Le pétrole, les barils et les graines de moutarde.

Alibi fit de même au peuple des Pâtures
Qui l'avait à la botte et en piètre figure.
Tant de crimes soudains ne pouvaient pas rester
Impunis très longtemps sans risquer que l'idée
Qu'on pût se rebeller fasse un peu de chemin
Chez les peuples asservis par toutes sortes d'ovins,
De bovins, de bisons ou d'animaux à cornes
Au prétexte qu'ils auraient les forces de la Licorne.

Alibi s'associant aux Oryx du Désert,
Aux Unaus de la Sylve connue comme l'enfer vert,
Aux Chameaux, Dromadaires et même aux Saïgas
Fit tant et si bien que le pétrole décolla
De son cours bien trop bas au grand dam des Pâtures
Et des grandes prairies où rouler en voiture
Ne serait plus gratuit, ni même une sinécure
Et se chauffer la nuit, une malaventure.

Bison des Amériques** fit donc son cinéma
Et commis quelques crimes et d'odieux attentats
Dont le coupable pour tous et sans le moindre doute
Était ce terroriste augmentant le mazout.
Bison des Amériques utilisa aussi
Le moindre accident pour accuser Alibi.
Le coup est imparable et les peuples endormis
Ont un coupable au poil sur qui pousser des cris.

Bison des Amériques bombarda Alibi.
Quelques frappes ciblées, mais des dégâts aussi
Surtout collatéraux dont on ne parla guère.
Les poissons du bocal n'ont pas de commentaires
Pour parler des puissants qui usent de leurs bombes
Pour mater les gêneurs au prix d'une hécatombe.

Chez les pestiférés, c'est l'âne qu'on accuse.
Alibi tombait bien et a servi d'excuse
Jusqu'à ce que l'on trouve un peu plus nébuleux
Pour tenir dans la crainte les peuples qui sont peureux.

Pendant plusieurs années, Alibi, profil bas,
Reconnut tout et plus, crimes et attentats.
Qu'un avion s'écrasât par faute d'entretien,
Alibi avouait qu'il avait mis du sien.
Alibi, en silence, endormait la confiance
Des monarques auxquels il donnait bonne conscience.

Jusqu'au jour où l'on su, qu'au pays des Outardes,
Des chamelles étaient, en prison, sous bonne garde
Pour inoculation du virus du piétin
À de jeunes outardeaux devenus orphelins.

Plusieurs années passèrent sans que l'on ne s'émeuve,
Comme font sous les ponts les eaux grises des fleuves.
Virus*** fut élu président des Pâtures.
En moins de temps qu'il faut pour prendre une biture,
Il avait tout réglé et vite dépêché
Cigogne4* son épouse aux trois-quarts répudiée
Et Protèle rayé5*, son habile conseiller,
Pour que, dans la foulée, les chamelles soient vite
Libérées, sans rançon, sous les flashs qui crépitent.

Alibi, par miracle, s'invitait aux Pâtures.
Il y posait le pied et même sa signature
Au bas de beaux contrats : une centrale nucléaire
Une caisse de camemberts, un très beau frigidaire,
Une grande cuisinière avec un four en verre,
Des tas de couverts et un joli scooter,
Une tourniquette pour faire la vinaigrette,
Un efface poussière et des pelles à gâteaux.

7 janvier 2008 / «® / ©»


* Colonel Alibi est le souverain du pays des Outardes.
** Bison des Amériques est le président du pays des Prairies.
*** Virus est président des Pâtures.
4* Cigogne est la deuxième épouse de Virus.
5* Protèle rayé apparaît toujours très gai en conseiller de Virus.