®
Ah ! Taïga, Taïga, Taïga


Les grands épicéas profitent du court été
Pour se faire du bois et aussi des aiguilles.
Ils regardent le ciel car ils craignent la foudre
Car elle seule est capable de les réduire en poudre.
Les scolytes, capricornes et autres cochenilles
Ne vivent jamais assez pour même les inquiéter.

Leurs branches basses caressent les fleurs des cornouillers
Qui servent de tapis aux petits des tétras
Que leur maman surveille en gloussant dans les branches.
Parfois leur père s'envole dans un bruit d'avalanche.
Le silence profond qui fait suite au fracas
Ajoute à l'émotion dont tout est barbouillé.

Un mésangeai curieux vient tenir compagnie
À d'improbables bipèdes, dans la sylve, égarés.
Les becs-croisés en bande, du haut de la canopée
Font pleuvoir des graines des cônes extirpées.
Des jaseurs bohêment sur des pins accrochés
Qu'une tourbière acide conduit à l'agonie.

Des castors affamés ont barré la rivière
Où deux élans pataugent à grands pas mesurés,
Sans doute pour éviter les mûres des marais.
Deux chouettes lapones ont un jeune égaré.
Ses claquements de bec l'ont vite fait repérer,
Mais aussi provoqué la colère de son père.

Les grues sont regroupées pour un très grand voyage.
Un durbec imprudent fouille sur la litière
Où pyroles uniflores se disputent au sucepin.
De grandes girolles jaunes vont calmer notre faim,
Car il pleut maintenant comme pisse gouttière
Et rester plus longtemps ne serait guère sage.