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Serial killer


Ce matin, de bonne heure, j'ai rencontré la mort
Maquillée et vulgaire, elle traînait sur le port,
S'asseyait sur une bitte, c'était le moins qu'elle puisse,
Attendant le client qui vienne entre ses cuisses…
Je m'approche et la pousse et aussitôt elle tombe
Dans l'eau noire et s'y noie et d'un seul coup, succombe.

Ça fait déjà longtemps que j'assassine la mort.
Je la croise souvent, mais au prix d'un effort
Je la reconnais même si elle change sa défroque
Et la tue vite avant, bien avant qu'elle la troque
Pour celle de demain ou bien celle de plus tard
Quand elle veut m'échapper, en robe ou en costard.

Je la tue qu'elle soit vieille ou encore qu'une enfant
Qu'elle soit mâle ou femelle, je suis pas regardant.
Bourgeoise ou prolétaire, putain ou bien maman,
Ouvrier ou patron, voleur ou bien manant.
La couleur ne compte pas, je suis démocratique.
Je la tue, il le faut pour le salut public.

La mort est pernicieuse. Elle prend toutes les formes.
C'est bien là le danger. Elle attend qu'on s'endorme.
La légitime défense : c'est la tuer quand c'est l'heure.
Faut pas croire les journaux qui disent que des bobards,
Qui écrivent que le soir, faut rentrer vos moutards
Quand, dans la rue, la nuit, traîne un sérial killer…