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Sagnes


L'écho remplit tout l'air du sifflet des marmottes
Aplaties au soleil comme des pleuronectes.
L'eau acide du lac fossilise les insectes
Dans des vases noirâtres où s'enfoncent nos bottes.

Dans des vases noirâtres qui jamais ne vieillissent.
Les épis bicolores des carex s'unissent
À l'étoile violette des gentianes des marais
Et forment un tapis pour cacher les traquets,
Et un garde manger pour les chevreuils, le soir,
Quand ils sortent des bois et passent sans nous voir.

Un grèbe castagneux n'arrête pas de rire
Bien caché invisible dans des herbes aquatiques.
S'il se montre parfois, c'est pour mieux s'évanouir
Sous la surface de l'eau et chasser des moustiques.

Dans des combes de rochers où paissent des brebis,
Promises à la boucherie si elles échappent au loup,
Des rouges-queues noirs chantent en stéréo dolby
Profitant que résonne chaque moindre caillou.

Quelques craves à bec rouge se régalent d'un criquet
Ou marchent au pas de l'oie ou encore deltaplanent
Le long d'une falaise, agacent le milan
Qui partage son nom, royal, d'avec l'aigle
Qui viendra ce soir, au plus haut de l'adret,
Profiter du soleil avec sa compagne,
Se lisser toutes les plumes, marcher clopin-clopant,
Admirer les nuages qu'étire un vent espiègle
En longues traînées de glace comme un signe de beau temps
Pour que nous revenions et sûrement de bonne heure
Pour voir le lagopède et peut-être l'accenteur !