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Le chien remords


Le silence est tombé
Sur la maison qui dort.
Mais le chien est resté ,
Seul, attaché, dehors.

Il joue avec les mailles
De sa chaîne sur l'huisserie.
Pandicule et puis baille.
Les chats de lui se rient,
Car ils n'ont pas d'attaches.

Ils voudraient que j' me fâche
Parce que j'ai un collier.
Mais c'est ma liberté.
J'ai tout le temps d'y penser,
Dans mon panier dossier.
J'ai tout le temps d'y penser,
Sans risquer la fourrière,
Une roue su' le derrière,
D'un toujours trop pressé.
J'ai tout le temps d'y penser,
Jusqu'à ce qu'elle revienne.
Que j'entende sa voiture.
J' la reconnais sans peine.

Fini le clair-obscur
D'un garage ennuyeux
Où je vieillis doucement
Comme oublié des Dieux,
Comme sans souvenirs.

La porte va s'ouvrir.
Elle va me caresser.
Je n' tiendrai plus de joie,
Je donnerai d' la voix.

Alors je s'rai grondé !
Mes griffes sont plus dures,
Que la peau d' sa voiture.
Une fois de plus, j'ai tout faux.
Je devrais arriver, la queue raide,
En ondulant des hanches comme ce quadrupède
Qui se frotte à ses jambes avec un air absent,
Qui ne pense qu'à bouffer et qui a droit pourtant
De monter l'escalier vers des sofas moelleux,
Des musiques étranges, des senteurs cordon bleu.
Tout de même, ce chat, quel salaud !

J'ai tout le temps d'y penser !