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Ou quand les vaches s'oublient...



Du haut d'un monticule fait de terre toute meuble,
La taupe nous harangua : « Ne soyez pas aveugles !
Nous, qui sommes besogneux, qui travaillons sous terre,
Les vers et les grillons, même la courtilière,
Sans lesquels vos gazons, ô peuple des pâtures
Ne pousseraient guère tant la terre serait dure ;
Nous qui risquons souvent l'accident au travail,
Pire encore le chômage, car en bien des endroits
On nous chasse. On nous jette. Il faut que l'on s'en aille.
On nous délocalise. On s'assoit sur nos droits
Et qu'on se taise surtout… S'il me restait des yeux,
Ce serait pour pleurer, mais j'ai perdu les deux !
»

« Il fut un temps, jadis, où pour de l'herbe grasse,
Les vaches dans les champs, parfois, nous rendaient grâce.
Mais les temps ont changé, elles sont devenues riches,
Vivent dans des palais, étalent leur artiche,
Ne mettent plus jamais leurs sabots dans les prés
Et pour traire leur lait, ont l'électricité.
Jamais plus elles n'entendent nos revendications.
À leur mépris, il faut que nous nous attendions.
Elles ont vite oublié qu'on les mit au pouvoir
Pour nous représenter et défendre nos droits
Et nos idées, bien sûr, on en a quelquefois…
Fi donc de leurs promesses, car c'est à l'abattoir
Qu'elles nous ont conduits tant elles ont été sourdes…
Et s'étonnent maintenant qu'on les prit pour des gourdes ?

Jamais je ne pourrai, bien qu'elles nous y appellent
Voter pour le Bélier, car je me trahirais.
Je vais suspendre au clou mes pioches et mes pelles,
Au fond de ma retraite, en pension, disparais…
»

L'oie rieuse (Anser albifrons) / 29 avril 2002 / «® / ©»