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Prolaitière de tous pays...



Le peuple des pâtures est donc coupé en deux.

D'un côté, ceux qui votent pour moitié pour les bœufs,
Pour moitié pour Bélier, à part quasi égale,
Même, si je le note, la dot est inégale
En sièges de députés. Mais tous ceux qui s'abstiennent
Et ceux qui votent blanc, maintenant ils atteignent
Les cinquante pour cent, ce qui revient à dire
Qu'un quart des électeurs auront voté Bélier
Et qu'un quart tient Flamant au profond de son cœur.

En regardant de près le résultat des villes,
De celles où je connais des amies, des parents
Capables de fournir quelques bons renseignements,
Je constate que dans les quartiers populaires
(Là où Virus prétend que vivent des mandrills,
Déguisés en moutons, qu'ils sont les adversaires
Des bourgeois, des cochons qui montrent leur derrière,
Fument, rotent et pètent en buvant de la bière…),
Je constate que c'est là où l'on a voté blanc,
Où l'on s'est abstenu en nombre le plus grand ;
Que ceux qui ont voté, l'ont fait plus pour les bœufs.

Chez les moutons bourgeois (c'est-à-dire chez ceux
Qui se battent dans la queue pour garder la bonne place
Qu'ils occupent dans la file qui les conduit tout droit
Au merlin du boucher qui, d'un coup, les trépasse…),
Chez les moutons bourgeois, c'est bien sûr le contraire.
Ils ont voté Bélier et aussi davantage.

J'en arrive à penser et ça me désespère
Que ceux qui voté pour Bélier, et barrage
Au Loup, l'auraient fait, sans s'en apercevoir,
Pour arriver premiers aux portes des abattoirs !

Mais ce n'est pas nouveau, car les classes moyennes
Tiennent par-dessus tout à ce qu'elles détiennent.
Et quand elles votent à gauche, c'est qu'elles espèrent avoir
Les mêmes privilèges que ceux qui sont à droite
Et quand elles les ont eues, elles mettent au pouvoir
Une majorité de députés de droite.

Que tourne le manège, c'est sans grande importance.
Entre moutons qui meuglent ou encore bœufs qui bêlent,
C'est toujours des bourgeois qui ont table servie,
Bergerie sur la tête, assistance quand ils vêlent,
Allocations troupiales, médecin pour la panse
Et même une assurance pour que leurs funérailles
Se déroulent selon leur dernière volonté.

Il leur faut jusqu'au bout se marquer du bétail
Qui menace leur confort et leur sécurité.
Eux seuls ont peur du Loup, mais c'est par atavisme.
Ils ne l'avoueront pas, parleront de fascisme.

Que la moitié du peuple qui vit sur les pâtures
Refuse obstinément, qu'ils soient bleus ou bien roses,
Aux candidats, leur voix et leur investiture,
N'a rien pour m'étonner, mais cela m'indispose.

Le pays des pâtures ressemblera bientôt
Á celui des prairies de Bison d'Amériques
Où l'éléphant et l'âne, parce qu'ils ont du fric
Sont les seuls candidats, toujours du même tonneau,
Ne représentant pas les Dindons, les Pumas
Qui vivent dans des ghettos. Pour l'insécurité,
Bison a un remède, le venin de crotale…

Et que Virus y cède, remplace ses flash-balls…
Serez-vous étonné ?

L'hirondelle des fenêtres (Delichon urbica) / (17 juin 2002) / «® / ©»