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Pouvoir


Une vipère, un jour, croisa sur son chemin
Un curieux animal qui se nomme lapin.
Celui-ci, encore jeune, assurément distrait
Faillit trottiner sur le serpent qui rampait.
" Holà, jeune imbécile ! Il était juste temps
Que tu t'arrêtes pile car sinon de mes dents
Que l'on nomme crochets, tu avais la morsure
Et le venin avec qui t'aurait fait mort sûre !
"
La vipère se lova, invita le rongeur
À en faire tout autant et séant pour une heure,
De se poser le cul, la queue et le derrière
Sur le sable fin du chemin comme poussière.
" Vois-tu, jeune ignorant, je pourrais, sans effort,
T'envoyer à jamais au royaume des morts.
Tu pourrais, le sachant, avoir peur et me craindre,
Te soumettre à mon vœu et mes amis rejoindre
Afin qu'en politique, nous soyons au pouvoir
Et régnions sans partage sur les veaux et les loirs,
Sur tous les imbéciles et feignants de la Terre
Et sur les beaux esprits qui, vite, désespèrent,
Si on les prive assez de tenir des discours
Ailleurs que dans des geôles pour un très long séjour.
"
La vipère, sur ces mots, s'enfuit dans le hallier,
À l'approche d'un gueux qui l'eût, sans sourciller,
D'un coup de bêche adroit, sûrement coupé en deux
Et laissé son cadavre puant aux mouches bleues.