®
On n'est pas aux pièces !



Biquette n'en tenait plus
Que son mari Bélier fut enfin réélu.
Partout elle se montrait avec le Mérinos,
Combattant émérite, adulé, au zénith,
Que les plaies et les bosses
Avaient conditionné à souvent fréquenter
Le service des urgences.
Où, quand on le soignait, on le trouvait douillet !

La corne d'abondance, je ne la lâche plus.
Je ne récolte plus les dixièmes d'écus.
Je veux des gros billets pour mes gros revenus,
Acheter du millet, des pousses de soja,
Du tourteau de maïs, des pousses de mélisse,
Du sirop d'orangeat.
Du temps où mon Bélier travaillait pour Pâris,
Je faisais mon marché tous les jours à Rungis.
J'achetais des salades à en être malade,
Des laitues, de la mâche, des poireaux que je mâche,
Du céleri en branche comme si c'était dimanche,
Des oignons et de l'ail pour encore faire ripaille,
Du thym dès le matin pour mon premier festin,
Des raves et des bettes afin que je banquette,
Des tomates en grappes…

De bamboches en agapes,
De beuveries en bombances, j'ai fait comme si la France
Était notre pays, pour nous seuls, de cocagne
Où les malversations ne conduisent pas au bagne
Et où les présidents se gavent d'ortolans,
Fussent-ils protégés, par des lois, des décrets,
Sur lesquels on s'assied comme s'ils étaient feuillets.
S'il arrive qu'on s'en torche, c'est du mauvais papier.
Manquerait plus qu'on s'écorche et qu'on soit tétaniés.


L'hirondelle des fenêtres (Delichon urbica) / (25 mai 2002) / «® / ©»