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La non-chanson d'amour


Non, je n' t'écrirai pas une chanson d'amour.
Je ne te dirai pas : si j'aime, c'est pour toujours.
Ou que j' partirai pas, sans trompette, ni tambour.
Vaut mieux que j' te le dise et sans tourner autour

Du pot, car j'en ai eu de t'avoir rencontré.
Que tu m' trouves à ton goût et dans tes p'tits papiers.
Que tu m' mettes, dans ton lit, nous réchauffer les pieds
Et sous ta couette en plume, des nuits à folâtrer.

Quand il aurait fallu, pour être raisonnable.
Ne pas faire de nos jours, des heures innombrables.
Maintenant des années, maintenant incapables
De nous rappeler encore même l'inoubliable.

La trace indélébile, dans le sang, dans la chair,
Et même sur le gêne de l'acide nucléaire,
Le mot qu'on se serait dit et qui, comme l'éther,
S'évapore, il le faut, pour gagner l'atmosphère

Qu'on respire, côte à côte, et pour un temps encore
Tant que l'âme voudra bien nous cheviller au corps.
Après, on verra bien, p'têt ben qu'on sera morts.
Et zut, il est sept heures, faut cuire les côtes de porc !