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Campos de Nijar


La terre a la couleur d'un cadavre oublié
Grisâtre par endroits et des lividités.
Des canyons fossiles entaillent le paysage
Où le ciel oublia de verser ses orages.
Quelques figuiers piquants aux raquettes barbares
Se disputent aux palmiers quelques gouttes à boire.

Au milieu du désert, sous un pin parasol
Comme un sein blanc de chaux, un puits surgit du sol.
La maison toute petite semble comme oubliée.
Algérie ou Mexique, on n'sait plus où l'on est.
D'un mirage lointain surgissent des cavaliers
Comme un film de Leone qui passe à la télé.

Pourtant, il n'y a rien qu'un cyclone de poussière
Qui tourbillonne furieux et se meure dans les airs.
Le soleil au zénith est déjà rouge brique.
Sous un rocher, par terre, surgie du zozoïque,
Une araignée curieuse, un fossile vivant.
Elle a connu T. rex, même la période d'avant.

Partout les opercules des lycoses velues
Qui sortiront, ce soir, chasser comme des goulues
Quelque scorpion encore à l'ombre assoupi.
Des fleurs de cactus font une haie rougie.
Un agrobate roux, au-dessus, papillonne,
Chante sa mélodie pour les yeux de sa mignonne.

Plus loin, il y a la mer et Capo de Gata
Des lagunes d'eau douce où viennent boire des gangas,
Le bouvreuil gitaghine qui ne se montre pas,
Des sarcelles marbrées que l'on ne verra pas,
Des glaréoles pressées, des chevaliers perdus
Qui, quelques temps plus tard, comme ils étaient venus
Survoleraient la Manche, pas celle de Cervantes
Des moulins, Dulcinée et tout le pata qu'est-ce…
Mais, l'autre, en Bretagne, qui me paraît bien loin
De cette région d'Espagne et me manque soudain.