®
Manyas golü


Des pélicans patrouillent et plongent en même temps
La poche de leur bec et déglutissent synchrones
Les poissons qui avaient échappé juste avant
Au filet des pêcheurs, au bec des Martins
Venus du fond de l'Asie en habit noir et blanc,
Aux cormorans pygmées sûrement par faute d'hormones,
Aux mâchoires des tortues et toutes sortes de requins
Qui habitent ces eaux saturées de plancton
Et paradoxalement au bord de l'asphyxie.

Des guifettes leucoptères tournent et tournent en rond
Cueillant, par-ci, par-là, presque en catimini,
Quelque insecte qui se noie, peut-être des rotifères
Minuscules petits vers qui peuplent l'hydrosphère.

Dans les bois tourbeux qui ceinturent ce grand lac,
J'ai remonté le temps jusqu'au Carbonifère.
Des oiseaux dinosaures aux allures serpentaires
Se cachaient dans les herbes, pataugeaient dans les flaques
Des hérons, des butors, des râles et des marouettes
Des ibis falcinelles, aussi une grande aigrette.

Je crois même que j'ai vu un archéopteryx
Pendant que je dormais digérant des saucisses
De mouton, je présume, j'en avais mangé six
Avec des piments rouges, aussi des écrevisses
Arrosées d'un vin aigre que l'on m'avait offert
Qui me fit préférer le yaourt ou le thé
Même, qu'au bout de vingt verres
J'arrêtai pas de pisser.

Il y avait aussi, sous des arbres, comme des hêtres
Mais qui n'en étaient pas, un grand troupeau de bêtes
Conduit par deux taureaux me poussant de leur tête
Pendant que leur berger me faisait la causette
Dans sa langue natale. Je ne sprètches pas deutsche !
Ou le Kurde ou l'hébreu, ni même l'espéranto !

Il m'avait emprunté le livre des oiseaux
Que j'avais posé sur le capot de ma deudeuch.
Il m'avait demandé de dormir sur sa terre,
Avant lui à son père et à tous ses grands-pères,
M'apportait des pastèques, des fruits et des tomates,
Du lait et des gâteaux, fumait mes cigarettes.

Toi qui vote au FN, Ôte-toi qui pue la haine,
Toi qui as sur les autres des pensées automates,
Des idées au Vitrolles, pour Mégret des courbettes
Et pas d'autre ambition que de voter Le Pen.
Tu devrais bien faire un petit tour en Turquie,
Quand un mois de salaire t'y fait vivre une année,
Car les mots ont un sens, même hospitalité.

Même les salauds de ton genre y sont bien accueillis !