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Jauziers


Ils ont des sacs à dos et passent les randonneurs !
Ils ont des godillots et marchent à cent à l'heure !
Ils cherchent les animaux, mais sont des hauts parleurs !
Ils montent toujours plus haut en partant de bonne heure
Et descendent au trot, la nature leur fait peur.
N'entendent pas les oiseaux et écrasent les fleurs.

Ils ne sont pas avares de conseils avisés
Pour qu'enfin, on observe, s'enfuyant, apeurés
Quelque chamois, au loin, qui déjà disparaît
En dévalant la pente où roule des graviers
Dans un bruit de marmotte, de son dernier sifflet
De la journée, sans doute, tant elle est agacée.

Mais laissons-les courir et filer au sommet
Duquel ils descendront, davantage pressés
De retrouver les hommes, en bas dans la vallée
En laissant les chamois à l'équanimité.

Asseyons-nous là bas à l'ombre des mélèzes.
Dans les corniches calcaires à l'abri des surplombs,
Ils sont là qui digèrent couchés sur les aplombs.
Seules des oreilles s'agitent et font vivre la falaise.

La tête sur la musette, la casquette sur les yeux
Je vais faire une sieste, dormir une heure ou deux,
Si les mouches importunes ne troublent mon repos.
C'est le temps qu'il faudra pour qu'alors les chevreaux
Impatients d'escalade bousculent les femelles,
Et à grands coups de tête recherchent leurs mamelles.

C'est un caillou qui roule qui interrompt mon rêve.
Sur l'éboulis pentu où seules des saxicoles
Peuvent s'enraciner dans les fissures d'un sol,
Sans eau, ni minéraux et faire assez de sève,
Des femelles et leurs jeunes se sont aventurés
Et s'approchent de l'endroit où nous sommes postés.

Bientôt, ils sont tout près et ne savent pas encore,
Quand une tête se fige et se figent les corps,
Tous les regards s'animent, sous l'interrogation
Et les naseaux frémissent comme ceux des dragons.
Des fragrances inconnues flottent dans l'air ambiant.
Les chevreaux se sont tus et rejoignent leurs mères.
Une des bêtes siffle et toutes, prudemment,
Pressent le pas, un peu, et descendent le revers.