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Estramadura


La forêt de chênes-lièges est toute clairsemée.
Des bandes de taureaux manquent de curiosité
Pour nous qui passons près et c'est très bien comme ça.
Je ne leur demanderai pas si ce sont des Muria.

Nous ne les avions pas vus, obnubilés, je crois
Par un élanion blanc, comme avion de papier,
Qui plane doucement, puis capture une proie,
Un lézard peut-être, plus sûrement un criquet.

Des bandes de pies bleues jacassent et puis nous lassent
Puisqu'elles n'arrêtent jamais de nous suivre où qu'on aille,
Nous empêchant ainsi d'approcher des cochevis
Cachés dans des grandes herbes qui courent sur des terrasses.

Sur des coteaux de chaume, de grands oiseaux piétaillent
Dans l'air surchauffé d'une fin d'après-midi,
Ce sont des grandes outardes. Peut-être les dernières ?
Mais, ce sont les premières que j'ai pu voir sur Terre.

Le soleil se voile derrière la poussière rouge
Qui envahit le ciel. Alors plus rien ne bouge.
Pas même les oreilles des bourricots couchés
Dans des herbes affolées et toutes desséchées.

Un camion a perdu sa charge de bouchons.
Un rollier est posé sur un poteau de bois
D'où il plonge soudain pour prendre des grillons,
Ou bien une araignée ou les deux à la fois.

Un village traversé est tellement étroit
Qu'il faut même démonter les volets pour qu'on passe
Avec le camion bleu dans lequel on s'entasse
Que les petits ibères baptisent coche cama.