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Le doute comme seule certitude.



J'avais, innocemment, en première analyse,
En écoutant aussi ce que les bêtes disent,
Écrit que le Bélier rallierait les suffrages
Interdisant au loup qu'il ne fît des ravages
(Dont je n'appréciais pas clairement la mesure)
Qui frapperaient le peuple troublé sur ses pâtures.

Certes, des loups féroces avaient peuplé l'Histoire,
Laissé des traces comme en laissent les poignards :
Sanglantes, inguérissables chez ceux qui les reçoivent,
Souvent niées par ceux (bien sûr, il nous déçoivent)
Qui n'imaginent pas la douleur des coupures…
De ceux-là, il en reste au peuple des pâtures.

Les loups restent des loups et s'ils se sentent forts,
Ils ont raison sur tout et comme l'eau qui dort,
Il faut s'en méfier, d'autant que leurs discours,
(Á l'instar du Bélier), présentent un décours
Qui plaît aux bêtes qui oient ce qui bien leur plaît
Et qu'elles veulent entendre pour guérir de leurs plaies.

Le loup a des talents d'orateur, c'est certain.
Il sait user des pièges dont usent les tribuns.
Quand le Bélier s'embrouille et demeure incertain
Sur les mesures à prendre pour arrêter les trains
Des mesures nécessaires qu'attend le plébéien
Pour le plébisciter et pour son plus grand bien…

Le loup nous présente ses photos de famille,
Du renard quand il fut au baptême de sa fille,
Des gueux, ces oubliés, habillés de guenilles,
D'un puceron vainqueur d'une course de chenilles,
D'un ami de toujours de la race des gorilles,
Conclue en disant qu'il faut prendre la Bastille.

Tout à coup, je l'avoue, je deviens circonspecte.
Je crains l'Apocalypse, là où des Magog gisent.
Je ne suis sûre de rien, appréhende qu'on élise
Le loup dans un fauteuil et pire, qu'on le respecte.
Moi, je suis migratrice, forcément libertaire…
Est-ce qu'en tuant le loup, vous pourriez le faire taire ?

L'oie rieuse (Anser albifrons) / 1er mai 2002 / «® / ©»