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Tant va la cruche...



Je sens confusément et j'ai peine à le dire
Et d'une plume alerte, encore plus à l'écrire,
Qu'à force d'en faire trop, on arrive au contraire
De ce que l'on souhaite et qu'on perde la guerre
Qu'on déclarât au loup et à ses électeurs ;
Que les mauvaises manières de tous ses détracteurs
Finissent par nous gaver et davantage encore,
Nous incitent, au final, à faire comme les morts :
Refermer le couvercle dessus de nos cercueils,
De nos valeurs, en faire et pour toujours le deuil.

J'avais interrompu ma quête migratrice,
Décidant une étape et comme observatrice,
M'intéresser un peu au peuple des pâtures
Qu'un séisme priva de toutes sinécures.

Je suis une étrangère, du peuple des toundras
Qui n'a pas de frontières et encore moins de roi.
Dîtes-moi, pourquoi faire ? Car nous avons nos rennes
Qui croient au Père Noël au moment des étrennes.

Le peuple des pâtures y croit toute l'année.
À force de bêler, il en perd la goulée !
Que le loup tente un jour de frapper à la porte
Des bergeries douillettes, tout le monde s'emporte,
Invective, injurie tous ceux qui, par mégarde,
Auraient voté pour lui. Et que les Dieux nous gardent
Intactes nos valeurs et la Ploutocratie !

Tous les moyens sont bons, même d'y rester assis.

Les poissons du bocal dont ils ne sortent guère,
Pas même pour vérifier, un peu, le fait divers
Qui prend la moitié du journal de treize heures,
Mais sont muets, tels des carpes, sur le même, à vingt heures,
Pour la raison, qu'eux seuls, décident de nous taire…
Les poissons du bocal, maintenant, déblatèrent.

J'entends bien trop souvent et ça me désespère,
Chez les petites gens du peuple des pâtures,
- Qu'ils eussent aimé aussi que l'on fit des censures,
Au Bélier, à ses sbires, à tous ses mercenaires ;
- Qu'il manquait, au poisson, la crédibilité
Pour jouer au rempart déjà trop fissuré ;
- Que leur partialité pourrait bien, d'un seul coup,
Inciter trop de monde à voter pour le loup.

L'oie rieuse (Anser albifrons) / 30 avril 2002 / «® / ©»