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Haut les Craonne !


Je connais une mère,
Une presque centenaire
Qui n'a pas fait son deuil
De la mort de son père,
Il était mon aïeul,
Assassiné, je crois,
Au début de la guerre,
A Tun, dans un cimetière,
En enterrant des frères
Sous une croix de bois.
Mon arrière grand-père,
Du côté de ma mère,
Avait cinq garçons
Qui moururent à cette guerre,
Fauchés comme des quilles.
Ne resta que des filles
Qui ne transmettent pas le nom.
Du côté de mon père,
Trois furent atteints.
Le premier fut gazé
Et fut vite emporté
Par un rhume mauvais
Juste dans les années vingt.
Le second, lui revint
D'une longue captivité
Tellement torturé,
Et battu et fouetté
Qu'il parti le premier.
Le troisième était fou
De fureur et d'horreur.
Il avait fait Verdun
Douaumont et les Dames
Et encore Verdun.
Et quand il était saoul
Au premier jour de l'an,
Qu'on allait lui souhaiter
À lui et à sa dame
Les bons vœux, bonne année !
Et bonne santé surtout !
Alors le souvenir
Devenait trop pressant.
Alors, il racontait
Ses chemins de la gloire.
Les morts que l'on pousse
Devant soi, qu'ils arrêtent
Les balles et la mitraille
Que leur tiraient les boches.
Les blessés qu'on achèvent
Parce qu'ils criaient trop fort.
Ne souffrent plus enfin.
Les copains qu'on fusille
Sur l'ordre de Pétain.
Pour que les généraux
Nivelle ou bien Hoche
Obtiennent des victoires
Et entrent dans l'histoire,
Avec une grande hache
Et même une francisque
Quarante années plus tard !
La guerre tue pas la guerre
Y a toujours des salauds
À l'abri des bunkers
Pour te faire la dernière.
Rappelle toi Lecanuet
Qui voulait que l'on parte
Quelque part dans le golfe
Défendre nos intérêts !
Quant à Jean Louis Debré,
Quand on parle de mémoire
À l'égard des mutins,
Qui dit : inopportun.
Moi, je lui dit : crève !
Les seuls héros d'une guerre
Sont ceux qui la refusent.
Je lui jette des sorts,
Je lui déclare la guerre,
Je lui chie dans la bouche
Ça ne le changera guère
Puisque c'est de la merde,
Seulement, qui en sort !