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Fait désordre



Paresseux paraissait au bord de la déprime.
Une question de trop, pour sûr, je le supprime.
Mais je n'avais pas rejoint ses forêts ombrophiles
Pour rien ou pour que des perles, je les enfile.

Ô corneille, vos questions m'empêchent de dormir.
Pourquoi la bourse crashe, je ne saurai le dire.
Je ne comprends rien ni du pourquoi, du comment,
Des entreprises saines sous contrôle de l'État,
Sitôt privatisées et très rapidement,
Sont toutes en faillite, leurs actions au plus bas.
Pas davantage, pourquoi, la croissance augmenterait
Ou bien que le taux de chômage diminuerait
Si l'on supprimait les barrières protectionnistes…
Qui, dès qu'elles furent levées, virent le taux de chômage
Multiplié par trois et la croissance stagner ?

Pourquoi donc l'inflation quand elle baisserait,
Serait une mauvaise chose, provoquant des dommages
Sur le cours des actions, car elle serait le signe
Avant-coureur des crises ou bien de récession ?
Faut-il que je souligne que ladite inflation,
Prioritairement, est toujours combattue
Par les gouvernements ? Ou bien encore pourquoi,
Se plaint-on très souvent qu'il y ait stagnation
De la consommation ou bien tout au contraire
Et véhémentement,
De reprocher aux consommateurs inconscients,
Une boulimie qui frise l'aberration,
Qu'il devrait épargner comme le fait la fourmi
Quand on l'aime cigale et cela à tout prix ?

L'économiste peut dire tout et son contraire.

Il a sûrement raison puisque c'est un expert,
Qui fit de longues études, surtout mathématiques,
De la physique aussi, beaucoup de statistiques.

Il emprunte beaucoup de son vocabulaire
À ces sciences que souvent le commun des mortels
(Qu'il tient pour des crétins) souvent ne comprennent guère
Et donne à penser qu'un indice artificiel
Est à coup sûr un phénomène naturel
Vis-à-vis duquel il est contre-productif
De s'opposer sauf à passer pour primitif.

L'économie se fonde pour construire ses modèles
D abord sur les ménages qui, et pour l'essentiel,
Consomment des produits quand ils lui sont utiles,
Du gazon, du gigot, de la merde, s'ils en mangent
Et d autres, bien qu'ils soient tout à fait inutiles,
Mais pour se faire plaisir ou quand ça les démange.
Car elle est impérieuse, la thermodynamique.
C'est la raison qui fait que les bêtes niquent, niquent,
Pour avoir des enfants puisqu'ils seront utiles
Et pour se faire plaisir, ce n'est pas inutile.
Et quand elles n'en ont pas, les adoptent ou les volent
Ou veulent qu'on les clone, à tout prix, les console.
Pareil pour la matière et bien sûr l'énergie
Qu'il leur faut absorber en plus grande quantité
Qu'elles n'en excrètent, transpirent par les pores de la peau,
Respirent par les poumons et surtout qu'elles n'en chient.

Voyez la frénésie dans les supermarchés
Qui saisit toutes les bêtes qu'elles viennent des pâtures,
Des forêts ou de eaux. Elles font, sans le savoir,
Allégeance, obédience
À toutes les lois de la thermodynamique.
Quand elles dépensent trop, épuisant leurs finances
Ou quand il arrive qu'elles soient mises au chômage,
Rapidement les bêtes stressent et puis paniquent.
Elles sont à l'agonie, subissent des dommages.

Le pire, c'est l'urticaire qui les pousse à gratter
Des tickets de loto ou bien, à la télé,
De faire tourner des roues qui en font des Nababs…
La plupart vont au mur ou dans le baobab.

La deuxième composante de toute économie,
Naturelle, j'allais dire, c'est, bien sûr, l'entreprise
Qui fournit les produits ou bien les marchandises
Qui fournissent aux bêtes, matière et énergie
Et même l'inutile, le parfaitement futile,
L'encombrant qui finit par remplir les poubelles,
Qui brûle en dégageant du triméthyl d'amyle,
Empoisonne les abeilles ou bien les hirondelles.

La deuxième fonction de l'entreprise, c'est
De fournir des emplois qui sont rémunérés
Pour l'énergie que dépensent les salariés
Pour qu'ils puissent s'acheter des produits fabriqués.

La troisième, c'est l'État dont le rôle est surtout
De tout réglementer, fourrer son nez partout,
Éviter tant que faire des vides juridiques,
Appliquer les lois de la thermodynamique…

Je résume, je le sais, mais en bref, je dirais
Qu'il lui faut assurer la meilleure gouvernance
Qui serait une erreur si on la réduisait
À régler le débit de la pompe à Phynances.

L'État doit imposer qu'on applique des normes,
Des décrets ou de lois lesquels seraient conformes,
Disons, pour simplifier, à l'ensemble des cultures
Qui font la cohésion au pays des pâtures,
Au pays des savanes, ou celui des prairies…
Et pour autant qu'elles soient acceptables par tous
Et si elles désagréent à quelques-uns qui toussent,
Pour le bien commun, il faut en payer le prix.
Il y a là aussi un début de morale
Sur laquelle s'assoient et c'est bien anormal,
La science économique, l'art de la politique,
L'attendu juridique ou le philosophique
Qui bêle hachèlement le bosniaque et l'afghan,
Qui cause à la télé... Bon Dieu, ce qu'il est chiant !

Les lois ou les décrets, tous devraient s'appliquer
Aux entreprises, comme elles s'appliquent aux ménages.
L'ultra-libéralisme a faussé, c'est dommage,
Les règles qui président aux bonnes gouvernances.
Car il a, comment dire, subtilement instauré,
Entre les trois pôles de la vie économique,
Un rapport injectif (qui va dans un seul sens) :
De l'État aux ménages qui se tournent alors
Envers les entreprises qui pèsent de tout leur poids
Sur l'État, sur la bourse ou bien le cours de l'or
Quand il faudrait une autre relation, je crois.

Car je la verrais bien, bijective, à deux sens.

Je peux vous dire deux mots de cette gouvernance ?

Quand les veaux veulent boire du lait, ils ont le choix
Entre le pack-carton ou la bouteille plastique.
Peut-on parler de choix puisque dans la pratique,
C'est l'entreprise qui, pour des raisons, je crois,
De productivité a choisi l'emballage
Qui est le plus pratique, qui coûte le moins cher ;
Dans ses pubs, pourtant, déclare, sans ambages,
Que le consommateur ne veut plus comme hier,
Du lait frais, encore chaud, dans le bidon en fer
Qui sert, sans qu'on le jette, depuis l'ère secondaire.

La bouteille plastique ou le pack en carton
Deviennent des déchets, car aussitôt vidés,
Il faut bien les jeter, mais il faut les trier :
Plastiques avec plastiques, cartons avec cartons
Le verre avec le verre, l'alu avec le fer.
Il leur faut dix poubelles et des lieux de stockage
Ou de la déchetterie, suivre l'itinéraire.

C'est donc une contrainte qui, dans les pâturages,
Les savanes ou ailleurs, pour des raisons diverses,
Ne peut, facilement, être bien satisfaite.
Ce qui fait que les bœufs et de nombreuses bêtes
Ne trient pas leurs déchets, au final, les déversent
Dans une seule poubelle, qui va à la décharge.

Ils ont tort, c'est bien sûr, oui, mais, à leur décharge,
Comment pourraient-ils faire pour pallier les carences
Des pouvoirs politiques qui n'ont souvent rien fait
De plus que des voyages, d'études et de bombances,
Dans des pays lointains pour étudier de près
Comment ils pourraient faire pour trier leurs déchets.

Imaginez, Corneille, que sur notre planète,
Les veaux qui veulent du lait n'en fassent qu'à leur tête
Et n'achètent plus que des packs en carton,
Au prétexte, par exemple, je sais, c'est un peu con,
Qu'ils n'ont pas de poubelles pour les bouteilles plastique…
Ou bien pour la raison que les nappes de pétrole
Dont on fait les plastiques, sur l'eau des auréoles,
Tuent beaucoup trop d'oiseaux sur la mer Atlantique.

Bientôt, je le présume, toutes les laiteries
Emballerait leur lait en packs de cartons
Ou bien inventeraient des emballages qui,
Ce n'est pas impossible, s'autodétruiraient tout seuls,
Aussitôt le lait bu… Quelle belle mission !

Mais le cours du pétrole se casserait la gueule !

Et alors; cela prouve l'étendue du pouvoir
Que détiennent les veaux, les bêtes, sans le savoir.
Le mot qui conviendrait serait contre pouvoir
Qui s'exercerait de manière bijective
Entre les composantes de la vie sociétale,
Cherchant des équilibres, un fondement moral,
Gérant le bien commun de façon soutenable.

Il y a là motif pour qu'on vous invective.
Si vous éradiquez tous les dessous de tables,
Vous vous mettrez à dos, à coup sûr, tout le monde.
Vos idées, je le sens, passeront pour immondes.

Tant pis, car il en va souvent des utopies,
De n'être acceptées qu'après un très long moment,
Lequel est nécessaire, mais non point suffisant,
Pour acclimater des nouvelles théories.
Je vois, dans l'exercice de ces contre-pouvoirs,
La possible reconquête de la démocratie
D'un peuple souverain exerçant ses devoirs
Et conscient de ses droits, vice-versa aussi.

Mais cela présuppose que les bêtes dépassent
Le stade des pulsions de l'hypothalamique,
Lesquelles, sans aucun doute, ont été mises en place
Pour répondre aux lois de la thermodynamique,
Ce que les bêtes ignorent, ce qui laisse toute la place
Aux dictats factieux des sciences économiques.

Les marchés illicites ou bien l'économie
Que l'on dit souterraine s'inscrivent dans ces modèles
Dictés par les pulsions de l'hypothalamus,
Comme le libéralisme qui voudrait que les règles,
Si durement acquises, soient enfin abolies,
Afin que l'on revienne aux coutumes ou aux us,
Qui présidaient avant, quand les manufactures
Embauchaient les agneaux du pays des pâtures
Pour les faire travailler, douze heures dans la journée,
Avant que l'on invente l'inspecteur du travail,
L'hygiène, la sûreté des conditions de travail,
Le repos du dimanche, puis les congés payés,
Le salaire minimum garanti par l'État,
La retraite solidaire et par répartition,
Sur lesquels reviennent de façon récurrente,
Étalon de l'Arçon et le grand patronat…
S'affranchir à tout prix de la législation
Qui impose des coûts, des charges aberrantes
Qui obèrent, entre autres, toutes les productions…

Quand les petits boulots ou le travail au noir
Permettent d'employer des tas de sans papier,
Sous payés, acculés souvent au désespoir…

Quand le taux de chômage permet tous les chantages
De la précarité, la flexibilité,
Nouveaux mots, synonymes, osons, de l'esclavage…

Ou quand les fonctionnaires sont des privilégiés
Au prétexte qu'ils ont tous, et la sécurité
De l'emploi, toute l'année, et la passe à ne ne rien faire
En vacances trop longues à polluer la mer…

Quand la fraude ou les faux et l'évasion fiscale
Sont les jeux préférés des multinationales.
Qu'importe quand elles sont prises, que la bourse s'écrase,
C'est le petit porteur qu'elle dévore et qu'elle ruine.

Miraculeusement et par un jeu de vases,
Subtils, communiquants, vers l'île aux Caïmans,
Tout l'argent s'achemine…

Quand les banques ressemblent à des Lavomatics…

Quand les putes ou les drogues font l'objet de trafics
Qui profitent à Barbeau, qui a pignon sur rue,
Présumé innocent et jamais inquiété,
Au contraire bien souvent, quelquefois décoré
De l'ordre du mérite puisque, bien entendu,
L'État reconnaissant pourra fermer les yeux
Sur toutes ses malveillances. Il faudra qu'il dénonce
Un dealer immigré qui vend de la défonce
Aux jeunes des quartiers qu'on devrait enfermer,
Afin qu'il reste en paix, salué par le préfet,
Malgré l'assassinat d'un canard trop curieux…

Quand les cambriolages se font bien plus nombreux
En période d'élection… Tout ça me rend soucieux…


Et l'État ne joue plus son rôle régulateur,
Tout comme dans le cerveau, le système limbique,
Pour faciliter, interdire ou inhiber,
Les pulsions naturelles de l'hypothalamique
Selon qu'elles sont utiles, mauvaises ou inutiles
À la société et à ses nombreux acteurs.

Quant au peuple d'en bas, il n'est plus écouté,
Quand bien même il aurait de l'imagination,
Car puisqu'il est en bas, il est sûrement futile,
D'ailleurs, il le démontre puisque aux élections,
Il a voté Bélier qui l'avait escroqué.


La corneille noire (Corvus corone) / (27 juin 2002) / «® / ©»