®
Le haut débat



La science économique est-elle une science sociale,
Demandais-je à l'unau, qui paressait plus bas
Qu'il ne l'était hier et paraissait plus bas,
Sur la branche, au moral ?

« Je n'en sais fichtre rien, mais je ne le crois pas.
Car pour qu'elle soit sociale, il faudrait qu'elle fasse
Des références aux mœurs et elle ne le fait pas.
Elle est mathématique. Jamais elle ne dépasse
Le stade de l'écriture d'une belle équation
Dans lesquelles, pêle-mêle, soustrayant les agnelles,
Elle divise le mouton par l'aire de sa toison,
En déduit un indice pour le cours du nickel…
S'il grimpe, elle a raison, s'il baisse, c'est la faute
Aux moutons imbéciles qui, pour un rien, sursautent,
Qui vendent leurs actions quand il ne faudrait pas
Et quand il le faudrait, ils n'en achètent pas.

Leurs us et leurs coutumes, souvent imprévisibles,
À l'économie sont vraiment incompatibles.

Comment voudriez-vous, ça me paraît normal,
Que les sciences économiques soient sociales ?

Et n'étant pas sociales, elles ne sont pas morales.
Ne dit-on pas souvent qu'il faudrait demander
Aux États de moraliser l'économique ?
Fausses factures, pots-de-vin, fraudes de toute nature
Où Bélier réélu au pays des pâtures,
Si ça n'est pas moral, ce doit être comique,
Puisque tout le monde s'en fout, ça le fait rigoler.

L'ultra-libéralisme s'accorde en premier lieu
De tricher, de voler, de violer et de tuer.
D'ailleurs, c'est la raison, secrète, non exprimée,
Qu'il demande qu'on supprime toutes les règles de ce jeu.

À bas les altruismes, vive les égoïsmes !
La passion du profit, toujours et à tout prix !
Ce qu'on veut, qu'on n'a pas, on le prend et basta !

On met en place des nouveaux esclavagismes,
Des marchés parallèles et d'autres mafiosiques.
Tout pour moi, rien aux autres, tous les autres, tous pourris,
Point de salut sans beaucoup d'individualisme !
Les sciences économiques font office de morale.

Elle voudrait que les moutons fussent des cigales.

Consommez, consommez, vous danserez après.
Mais savez-vous, Corneille, ce que les plantes font ?

De la photosynthèse !

___________________Oui, vous avez raison.
Mais savez-vous pourquoi ?


___________________Pour le glucose, je crois.

Certes, pas uniquement, mais surtout pour stocker
L'énergie du soleil dans le liège et le bois,
Les fruits, les feuilles, les graines, l'écorce ou les racines.
C'est comme un compte d'épargne dont tout le capital
S'appelle biomasse (c'est comme des billets
Stockés dans une bassine)
Et dont les intérêts profitent dans les prés,
Les eaux et les forêts, aux bêtes qui pâturent,
Rongent, croquent ou broie,
Les fruits, les feuilles, les graines, le liège ou bien le bois.

J'y vois là, quelque part, le début d'une morale. »

La corneille noire (Corvus corone) / (25 juin 2002) / «® / ©»