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Big Bang ou ses dix cieux ?



Je n'ai jamais voté car j'aurais aimé que
Le vote blanc comptât, ce qui aurait fait que
Des candidats n'auraient pas atteint le quota
Qu'il eût fallu qu'ils eussent qu'on les légitimât.

Je n'ai jamais voté. Je ne suis pas confiante
En ces gens qui débarquent et qui me bonimentent
En prétendant qu'ils peuvent mieux croasser que moi.

Les moutons qui choisissent la carrière politique
Sont pourvus d'un cerveau qui ne contient, je crois,
Que la partie qui s'appelle hypothalamique,
Laquelle gère les pulsions, les penchants ataviques,
À peine contrôlés par l'interdit limbique
Et dépourvus de la moindre imagination.

Et là j'y vois une très bonne explication
Dans le fait qu'ils ont tous dix années de retard
Sur les peuples d'en bas qu'ils tiennent pour des connards,
Qu'ils n'entendent jamais et même ne voient pas,
Tant ils sont rengorgés, de suffisance gonflée.
Ce qui par parenthèse indique assurément
Que l'hypothalamus fonctionne seulement.

Si le peuple d'en bas est privé de parole,
Surtout dans les médias, au bocal à poissons,
Il comprend souvent vite qu'on le prenne pour un con
Et qu'il est impuissant devant les casseroles,
Que trimballent beaucoup d'élus sur les pâtures ;
Qui couvrent de tintamarre, leurs incessants murmures.
Le peuple d'en haut parle souvent de privilèges
Ou de struggle for life en vénérant Darwin.


Est-ce pour se rassurer quand il est sur le siège ?
Est-ce pour se convaincre sur le fait qu'il domine
Sur le peuple d'en bas, qu'il le devrait aux Dieux,
À son intelligence,
Quand il le doit à sa volonté de puissance,
Á ses vanités et à ses égocentrismes ?
Le peuple d'en bas croit souvent en l'altruisme,
Dans les associations, les organisations
Non gouvernementales, en l'imagination
Dont il fait preuve encore pour trouver des réponses,
Nouvelles, originales, pour pallier les carences
Des élus qui ne font que des effets d'annonce,
Auxquels ils manifestent alors toute leur défiance.

La notion de développement durable
Fonctionne depuis toujours dans le peuple d'en bas.

Pour le peuple d'en haut, c'est même insoutenable.
Bien des motifs de guerres, leurs cortèges de dégâts,
Se comprennent aisément puisqu'elles permettent ainsi
De remettre tout à plat pour quelques décennies.
Juste le temps pour eux de toucher le gros lot,
D'inventer pour l'Europe et pour ses capitaux,
La libre circulation et pour l'immigration,
De nouvelles frontières ; la mondialisation,
ce n'est pas une affaire, Escherichia Coli
Dans tous les hamburgers, l'OGM cultivé
Et partout en plein air, le Sanglier des Causses
Qui casse les Mac Do, en prison pour trois mois
Et au moindre sursaut des classes populaires,
De lâcher tous les chiens ou bien l'armée de l'air.
Jusqu'au jour où un veau ceinturé d'explosif…
Je n'ose imaginer qu'on en arrive là.
Mais si du désespoir, je mesure le passif,
Rien ne me surprendra, pas même un attentat.

La corneille noire (Corvus corone) / (19 juin 2002) / «® / ©»