®
Murin depuis longtemps avait la tête en bas.


Murin* depuis longtemps avait la tête en bas.
L'hiver l'avait saisi et laissé presque froid.
Mais un mot de Virus bien vite réveilla
Cette chauve-souris qu'on ne connaissait pas
Au pays des Pâtures où on ne lisait guère
Des penseurs si complexes quand on est prolaitères.

Virus** dans son discours des vœux à la nation
Parla de tout, de rien, de civilisation,
Référence à Murin qui s'en étonna donc
Considérant alors que Virus, ou quiconque
Qui l'aurait conseillé, n'avait pas tout compris.
Sûrement il pensait à Pélican du Chili***.

Virus, son obsession, c'étaient les dromadaires
Quand ils prient à genoux en levant le derrière.
Et il y en avait tant tout autour des Pâtures
Que, pour s'en protéger, il eût fallu un mur
Comme celui de Vautour4* dont il dit qu'il évite
L'entrée dans son pays des moineaux Moabites.

Spalax5* avait beau faire et remplir des charters
Pour renvoyer chez eux lionceaux et dromadaires,
Ils étaient aujourd'hui bien plus nombreux qu'hier
Et bien moins que demain. Virus désespère :

" Ils sont tous à l'affût, comme le sont les cloportes
Prêts à rentrer chez nous, si on laisse la porte,
Même à peine entr'ouverte, pour s'asseoir à la table,
Pour manger nos brebis volées dans des étables
Qu'ils auront égorgées dans le fond des baignoires
Avant de copuler comme des bêtes dans le noir.
Car ils sont polygames. Leurs portées sont nombreuses.
Leurs filles sont fécondes et même chatouilleuses,
Même si, je le déplore, on pratique l'excision
Qui les fera fidèles. Une sage précaution !
"

Ainsi parlait Virus aux loups et aux chacals
Dont le chef vieux et borgne avait, et c'est normal,
Perdu les élections, quand de bien détestables,
Ses idées, par Virus, devinrent fréquentables.

Virus se trompait souvent avec l'Histoire.
Alors bien qu'il fût sot, façon rédhibitoire,
Les poissons du bocal ne faisaient, au monarque,
Jamais le moindre cas ou la moindre remarque
Qui aurait déclenché ses foudres et ses colères
Et risqué, à jamais, damnation aux galères.
Un poisson malappris qui l'avait essayé
Fut traîné dans la boue et vite écartelé,
Devant parterre des siens sur lesquels Il conchie
Aussitôt qu'Il entend le mot de monarchie.

Virus faisait pareil dans l'approximation
À propos du concept de Civilisation.
Il parlait de malchance qui frappa les Pâtures
Quand les moutons croisés, avides d'aventures,
Du pays Moabite et malgré des massacres,
Furent boutés hors des murs et revinrent bien âcres,
Gros-Jean comme devant et Maigre-Louis derrière.
Virus voyait ainsi les mortelles chimères
De conquêtes et de guerres sur des peuples asservis,
Déniés et maltraités sur toutes les colonies.

La civilisation, c'était celle du plus fort.
La botte des Pâtures devait être le sort
Du peuple des Outardes ou bien des Dromadaires,
De l'Oryx, des Castors ou celui des Panthères.
Car les moutons, les bœufs, les chevaux et les ânes,
S'ils bottèrent le cul du peuple des Savanes,
C'était juste pour leur bien. La Civilisation
Bien qu'elle fit des morts, ne vaut pas contrition.

Alibi6* l'avait dit qu'il faudrait bien s'y faire,
Que les moutons sauteraient lorsque les dromadaires
Ne supporteraient plus qu'on les prît de si haut.
Ils feraient des charniers avec ou sans gerfauts.
Il expliquait pourquoi naissent les terrorismes
Quand la douleur du peuple atteint le paroxysme.

Virus avait très peur. C'était même la panique.
" Le salut nous viendra de Bison d'Amérique7*
Qui sait parfaitement où se situe le mal
Que l'on doit bombarder à des doses létales.
Car si on laisse faire, les chameaux dromadaires
C'est eux qui nous feront la der des der de guerre,
Nous imposant le choc des civilisations,
Le voile à nos brebis, le bouc à nos mentons.
Et appelons à l'aide, sur l'île des Vaches folles,
Nasique8* , qu'en fut le chef, pour qu'il tienne son rôle
Et convainque les bêtes du peuple des Pâtures
Qu'elles bêlent à l'unisson et sans appogiatures
Avec celles des prairies, les pumas, les crotales
Pour sauver, s'il est temps, le monde occidental.
"

15 janvier 2008 / «® / ©»



* Murin, souvent hagard, est l'inventeur de la pensée complexe.
** Virus est président des Pâtures.
*** Pélican du Chili est conseiller de Virus. Il écrit des discours qu'on qualifie souvent de tas de guano.
4* Vautour est le Premier ministre du pays des Oasis. Il a deux passions : coloniser le pays des Caillasses et tuer les moineaux moabites.
5* Spalax est le ministre du Retour en avion et de la Chasse aux lionceaux.
6* Colonel Alibi est le souverain du pays des Outardes. Il vit dans la tente.
7* Bison des Amériques est le président du pays des Prairies.
8* Nasique, que personne ne blairait, fut le Premier ministre du pays des Vaches folles.