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Camors


La forêt de Camors guérit de ses blessures
Les arbres repoussent enfin et cachent les tonsures
Que lui fît un vent fou, cyclone tropical
Un vilain soir d'octobre, coupant ses apicales.

Plus de dix ans après, les arbres encore pubères
Nous font lever la tête, regarder à l'envers.
Ni toi, ni moi, pourtant, nous ne les verrons grands.
Sauf, si d'aventures, nous vivions trois cents ans.

Un cochon s'est souillé, là, et là-bas un chevreuil
Entre des pins rangés, mélangés de chênes rouges
S'arrête, nous observe et attend que l'on bouge,
Puis s'enfonce doucement dans le rideau des feuilles.

Un hobereau alerte du haut d'un maritime
Échappé du massacre et qui sert d'intime
À l'aire de l'oiseau, ses jeunes, dissimule
Qui dîneront à l'heure, d'une grosse libellule.

Un pipit des arbres parachute et se pose
Sur un arbre séché, privé de cellulose
Par des scolytes, leurs mans ou bien des capricornes.
Une branche pointe encore, comme au front des licornes.

Dans des hêtres lointains, une plainte jaillit
Et dans l'instant suivant, un grand pic noir surgit
Se plaque sur un tronc, en fait trois fois le tour
Nous repère, curiose, penche la tête et tambourre.

Puis s'éloigne, ondulant et laissant à nos pieds
Girolles et pieds-de-mouton qui remplissent nos paniers.
Le soleil maintenant survole l'Atlantique.
C'est juste l'heure d'avant que sortent les moustiques…