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Oh ! je suis désolé, mais c'est mon habitude De chanter haut et fort chaque fois qu'un intrus Entre dans mon domaine et dans l'incertitude, Je le traite en ennemi ou bien en malotru. Pardonnez-moi ! Entrez ! ______________Vous vouliez donc me voir Et aussi m'écouter raconter mon histoire. Mais, venez vous asseoir. Vous n'avez guère le choix Qu'entre cette souche, là, ou ce tapis de mousse. Il y aurait bien là-bas une pierre plus douce Á votre fondement, mais elle n'est pas chez moi. Des frontières invisibles entourent mon territoire Et quand je les franchis, faut le voir pour le croire, Ça m'attire des histoires avec tous mes voisins Qu'ont fichu caractère, plus mauvais que le mien Qui trillent des choses comme : passez votre chemin ! Et qu'on insiste un peu, nous traiteraient de chien. Moi, je leur dis pareil ! ___________________Je leur dis ma chanson. Finalement, chacun reste dans sa maison. Mais, sachez que ma taille ne m'empêchera pas De harceler des oiseaux beaucoup gros que moi. Le hibou moyen duc quand il se pose par terre En fait souvent les frais et ça le désespère. Que j'alerte ou je chante, je suis un virtuose. Á deux cents à la noire, d'une voix métallique, J'enchaîne toutes mes notes sans faire la moindre pause. Je me répète un peu comme une boîte à musique. C'est l'unique reproche que l'on pourrait me faire, Je suis le seul oiseau qui chante encore l'hiver. Solitaire, sédentaire, toujours près de la terre, Ce sont quelques-uns de mes traits de caractère. Je répugne à voler sauf de temps en temps, Au ras du sol, vite, toujours brièvement. J'aime rester par terre dans l'enchevêtrement Des racines et des branches, des blocs de rochers, Des fagots ou des stères que je trouve en forêt, Sur des versants pentus ou au bord des torrents. Dès la fin de l'hiver, avant que le printemps Éclose les bourgeons, les premiers oxalis, Avant que le véloce ne rythme enfin le temps Ou que les abeilles ne cueillent du propolis, Je consacre tout mon temps à construire des boules En mousse, essentiellement. Seule la trame extérieure, Puis, je guette les filles qui cherchent un amant. Quand elles entrent chez moi, comme un prince charmant, Je les invite à en visiter l'intérieur. Et si elles me dédaignent, alors là, j'ai les boules ! S'il s'en trouve une enfin à qui je plais assez, Qui me crie : oui, je veux, pas besoin de curé ! Le mariage est conclu et l'émotion passée, De courbettes saccadées en ailes étalées Et la queue agitée… Elle est vite fécondée ! En femme d'intérieur, ma compagne termine L'agencement douillet, comme ventre de lapine, Du nid qu'on offrira à la première nichée. Car, nous en ferons deux pour faire la douzaine De jeunes qu'il nous faut pour assurer sans peine La survie de l'espèce qui n'est pas menacée, Mais affronte l'hiver et toutes ses rigueurs… La neige, les vents froids ou bien les giboulées Qui font, que trop souvent, bien de nos enfants meurent. Voilà, vous savez tout. __________________Encore une anecdote, Si vous me permettez, s'il vous reste du temps, Que personne ne connaît, même pas Aristote... Vous le savez sans doute car vous êtes savant Qu'on m'appelle parfois, par erreur, roitelet. C'est une confusion qui vient des allemands Qui nous disent zaunkönig, c'est-à-dire roi des haies. J'aurais bien mieux aimé qu'on garde ratelet Comme le disent toujours nombre de paysans Ou alors berruchon. C'est plus local, certes, Car je me monte la tête, selon votre impression, Ou bien le bourrichon… ____________________Voilà une expression Sur laquelle, je propose, maintenant qu'on disserte.
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