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Un tour de passe-passe



Malgré tout, des lionceaux s'entassèrent comme ils purent
Pour rejoindre, en bateau, le pays des pâtures.
Quelques-uns se noyèrent en tombant dans la mer.
Les autres survécurent.

Le peuple des pâtures ne voulant pas les voir,
Les lionceaux, dans le noir, transis de froid, de peur,
Guidés par des passeurs, tentèrent de gagner,
Les usines, les chantiers où on les attendait
Pour les faire travailler.
________________Car il faudrait bien sûr,
Aux patrons des pâtures, qu'ils remboursent
Les frais et les risques qu'ils prenaient :

Pour tromper l'inspecteur du travail, c'est galère.
Si je veux faire mon beurre, je réduis les salaires,
Je ne déclare rien à la caisse maladie,
Aux assurances sociales, surtout les accidents.
Personne ne va se plaindre, ça reste donc moral.


Les lionceaux travaillaient à rembourser leurs dettes,
Avant qu'on ne les jette, se retrouvent enfermés
Dans ces centres adaptés attendant des années
Avant d'être expulsés.
________________À moins que des passeurs...
S'ils étaient bien payés, ne les conduisent ailleurs,
Mais toujours endettés et contraints jusqu'à l'âge
Où ils ne vaudraient rien à la peine d'esclavage.
________________Et c'était ça ou rien !

L'hirondelle des fenêtres (Delichon urbica) / (8 juin 2002)__________

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