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J'ai choisi de nicher au milieu de ces pierres Totalement usées depuis des millénaires Par des glaces qui auraient recouvert cette terre. Regardez mes petits, comme ils sont rigolos, En habit d'ocelot, figés comme des pierres Et le derrière à l'air. Je vous connais trop peu pour vous faire confiance. J'aimerais beaucoup mieux que vous soyez loin d'eux Et gardiez vos distances. Je dis ça par prudence. Car, sans le faire exprès, vous pourriez écraser Mes petits sous vos pieds. Veuillez m'accompagner... Je marcherai doucement à deux mètres devant. N'approchez pas plus près, autrement je m'envole Ou plutôt, je décolle... Aussitôt, reposé, Je m'agite. Je m'excite. Je m'irrite. Je vous quitte. Nous sommes assez loin, maintenant, je me calme. Je poursuis une mouche. Il y en a des couches Sur les fientes, comme espalmes, Qu'abandonnent, depuis juin, toutes ces sternes-là, Sur ce coin de toundra. Ces oiseaux sont criards Et toujours en alerte. Sans débourser un liard, Ils offrent aux nichées qui vivent, mitoyennes, Á défaut de l'hygiène, toute la sécurité. Car, s'il y a des pertes à cause des hermines, Des labbes ou des faucons, c'est leurs petits qui font Les victimes dont ils dînent. Les miens sont protégés Du trépas avancé. Supporter ce vacarme est le prix à payer… Ça ne va pas durer, je m'envole bientôt Pour retrouver les charmes des rochers et des flots, Des bordures de vos mers, où j'irai cet hiver. J'aime bien toutes vos plages où la laisse des marées, En algues enroulées piège des crustacés. J'aime aussi vos rochers, d'embruns éclaboussés Sur lesquels l'huîtrier, le bécasseau violet Partagent mon hivernage.
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