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La tordeuse verte du chêne (Tortrix viridana)



J'ai passé un contrat d'avec une mésange
Qui m'attrape chenille, et ses poussins me mangent.

Il le faut, car sur Terre, je serais si nombreuse
Qu'il n'y aurait plus rien d'autre que des tordeuses,
Qui rongeraient les chênes, qui disparaîtraient tous.
Il faudrait pour survivre que nous mangions des mousses.
Mais les mousses manqueraient et c'est dans une bière
Que nous finirions toutes au fond d'un cimetière.

La mésange et moi-même devons être synchrones.
Ses œufs devront éclore quand mes chenilles naissent
De mes œufs déposés par mes soins à l'automne
Près des bourgeons de l'arbre qui, en hiver, paressent.
Que les jours rallongent, que le printemps frissonne,
La sève se réveille et les bourgeons turgessent.

L'embryon de mes œufs qui s'était endormi,
Entend battre le cœur de l'arbre qui grandit.
Il reprend, aussitôt, son développement.
Il change de couleur. Il était transparent.
Il devient plus foncé. C'est alors le moment,
Pour toutes les mésanges de pondre leurs enfants

Copuler, féconder et finir d'arranger
Le nid déjà creusé, pondre et puis couver
Une dizaine d'œufs leur demande un bon mois…
Avant qu'ils n'éclosent, presque tous à la fois,
En autant de petits ouvrant grand le gosier,
Toujours affamés et rarement rassasiés

Mes chenilles ont huit jours et savent alors filer
Un fil de soie auquel elles sauront s'attacher,
Pour tomber de la branche et pendre dans le vide…
Pour échapper soudain à l'oiseau trop avide
De n'en faire, sur l'instant, qu'une bonne bouchée
Et de l'en ramener pour nourrir sa nichée.

Quelques-unes pourtant, sans doute les moins douées,
Se laisseront surprendre et seront dévorées,
Dans les termes du contrat que nous avions signé.

Tout le monde est content, y trouve son comptant,
Sauf le chêne martelé dont le temps est compté,
Puisqu'il sera coupé à l'automne finissant.

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