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Le torcol fourmilier (Jynx torquilla)


J'habite le fouillis d'un chemin oublié
Qui s'ouvre sur des fonds où des cirses et des joncs
Étouffent patiemment des touffes de graminées
Qui se penchent sur une mare où vivent des tritons.

Des pommiers séculaires, que l'âge a terrassés,
S'appuient sur leurs rejets pour ne pas se coucher.
Dans mon habit d'écorce, de lichens mélangés,
Personne ne peut me voir, sauf m'entendre chanter.

Au printemps bien sonné, écoutez ma complainte.
En dépit de son ton, ce n'est pas une plainte.
Certes ma chanson traîne, mais permet au regard
De se tourner vers où je me trouve par hasard,
Pratiquement figé comme en ombre chinoise,
Sur un tronc, une branche, souvent horizontale.
Seule ma tête tourne autour des cervicales
Comme un cheval qui volte dans une école hongroise.

Je cueille des insectes qu'on appelle fourmi.
Ils vivent sous la terre en grandes colonies.
Ils élèvent des larves qui nourrissent mes petits
Bien cachés dans le trou de l'arbre où j'ai mon nid.

Je me faufile à terre et trottine aisément
Entre les taupinières, les cespes de chiendent.
C'est comme ça que je trouve des mottes fourmilières,
Des criquets, des grillons, parfois des courtilières.

Voyez tous mes enfants, ils sont une douzaine,
Á grimper derrière moi et tous me quémandent.
Comprenez qu'il me faille satisfaire leur demande
Du temps, je n'en ai guère, tant je suis à la peine.

Comprenez-vous aussi qu'il faille que je me taise,
Vaque à mes affaires, discrètement, à mes aises.
D'autant qu'avec l'été, maintenant finissant,
Il me faudra partir puisque l'Afrique m'attend.

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