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La tourterelle maillée (Streptopelia senegalensis)


Je fréquente les arbres, mais vais manger par terre
Sur les maigres gazons qui entourent la mosquée,
Celle de sultan Ahmed, celle dont les mosaïques
Dont vous savez qu'elles furent fabriquées à Iznik.
Elles ornent d'entrelacs, tous bleu clair et foncé,
Les énormes colonnes ou bien les acrotères.

J'aime bien Istanbul, ses artères fréquentées,
Ses marchands de poulets ou ses porteurs de thé.
Regardez donc là-bas, cet homme qui porte un lit,
Le bois, le matelas et le sommier aussi.

Il est fort comme un turc. Ce n'est pas usurpé.
Il traverse l'avenue où la priorité
Appartient à celui qui corne le plus fort.
Des taxis collectifs s'en vont vers le Bosphore.

Ils slaloment comme ils peuvent, à la grâce de Dieu.
Mashallah ! Leurs pare-brise affichent cette prière.
Et l'homme arrive entier et avec lui, son pieu.
Ce n'était pas son heure.

_______________Plus loin, des militaires,
Contrôlent avec soin, le doigt sur la détente
Et pourquoi le cacher, avec la peur au ventre,
Les papiers des passants. (Il y a peu de passantes).
Il paraît que les Kurdes sont sortis de leur antre !

Hier, j'ai eu très peur. J'étais près du marché.
Je mangeais des déchets qu'on avait fait tomber.
Il y eut un bruit terrible et puis, ce fut le souk.
Je crus que je mourais et cassais ma chibouque.

Alors, je m'envolai, tout en claquant des ailes.
Les bombes me font peur. Quant à l'ange Gabriel,
Franchement je m'en fouts et de son paradis
Autant que de mon tout premier maravédis.

Je n'ai aucun avis sur ces événements.
Vous le savez peut-être, mais je suis immigrée.
Personne ne sait vraiment d'où je viens ? Kurdistan ?
Tunisie ou Soudan ? Ou quand suis-je arrivée ?

Ai-je connu Byzance ou bien Constantinople ?
Je ne pourrais le dire. Mais j'ai une certitude :
Comme Sardanapale, ne vivent pas les Kurdes…
Les crève-la-faim ne portent pas de sinople ?

Comment ferais-je si la tourterelle turque,
Laquelle a réussi, en à peine de trente ans,
Á conquérir l'Europe mieux que les Ottomans…
Me vole l'identité ou pire me l'usurpe ?

Aura-t-elle la paix ou bien maille à partir ?
Le brin d'olivier sur le drapeau de l'ONU,
Bien profond enfoncé, lui sortirait du cul !
Je m'emporte, sans raison, car les oiseaux n'aspirent
Jamais comme les hommes à humilier les leurs.

Votre espèce bien curieuse se complaît au malheur.
Incapable de gérer ses ressources, son espace,
Ni ses populations que seule la guerre efface.

Il vaudrait mieux, je crois, et qu'on en reste là,
Et qu'on se quitte amis, car à se chamailler
Ne servirait à rien.

__________________Refaire ce monde-là
N'est pas du ressort des tourterelles maillées.

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