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Le tétras lyre (Tetrao tetrix)


Non, je ne connais pas la tête qu'avait ce roi
Dont parle Shakespeare, la tête du roi Lear...

Il vivait sur des landes. Il croyait à l'amour.
Nous y vivons en bande et nous y croyons quand,
À peine au petit jour, nous joutons, paradant,
Même quand il fait froid. Là s'arrête, je crois,
Toute comparaison avec les tétras-lyres
Lesquels ne savent pas, ni prédire l'avenir,
Ni perdre la raison,... Pas même une seule fois !

Lorsque je fais la roue, que j'écartèle mes plumes,
Ce n'est pas pour mourir, c'est pour me reproduire.
Quand les hormones nous brûlent, quand le rut nous consume,
Il faut bien qu'on assume le feu qu'on a au cul.

L'amour, chez les oiseaux ne relève jamais,
Ni de la tragédie, ni de la parodie,
Mais d'exigences innées qu'on a dès le berceau.
Après, ça nous regarde. En matière de pariades,
Chacun fait comme il veut, ça dépend de l'espèce
Qui s'occupe de ses fesses, du nombre de ses œufs.

Alors dès le printemps, sauf s'il y a du vent,
Nous nous réunirons et nous roucoulerons,
Accompagnant ainsi une chorégraphie,
Qu'il faut que vous sachiez, que nous l'avons copiée,
Beaucoup aux grands pics noirs qui l'apprirent un soir,
Il y a bien longtemps, à nos premiers enfants.

Nos femelles veilleront, seules, à l'éducation
Et aux apprentissages qu'il faut pour les enfants
Pour qu'ils deviennent grands.

Elles sont bien moins sauvages, protégées qu'elles sont
Dans leur habit lichen, sous les branches jusqu'en bas
Des arbres épicéas, et sous divers buissons,
Des airelles aux bourdaines.

Les petits, tout petits, à peine plus gros que caille,
À peine sortis du nid, mais déjà bien canailles :
Leurs plumes hérisseront, icelles sous le menton ;
S'essaieront à la danse, écartant les moignons
De leurs ailes embryons, en tournant sur eux-mêmes
Et déjà en cadence, sous l'œil tout étonné
De leur mère qui les mène et s'en va les cacher.

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