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La testacelle des jardins (Testacella haliotidea)


Comment voulez-vous donc qu'on sache que j'existe
Si, dans le dictionnaire, je n'ai droit qu'à deux lignes ?
D'accord, je suis nocturne et je vis sous la terre.
Ce sont là deux raisons, faut-il qu'on les souligne,
Qui peuvent expliquer, qu'à savoir que j'existe,
Il faille se coucher tard ou bien creuser la terre.

Votre père, en bêchant, nous retrouvait souvent.
Il vous montrait alors la coquille vestigiale
De laquelle divergent deux lignes latérales
Qui nous différencient des limaces des champs,
Les rouges bien baveuses ou les noires, tout autant,
Qui grignotent les pommes à petits coups de dents.

Mais la nuit vous offrait l'occasion de me voir,
Á la surface du sol, en long, tout étirée,
La radula dehors, comme dévaginée,
Á guetter des lombrics qui sortent aussi le soir.
Qu'ils viennent à passer, aussitôt capturés,
Rondement, prestement, vite dilacérés.

Votre père n'aimait guère les limaces ordinaires
Qui rongeaient ses semis de chicorée d'hiver.
Mais il avait à dire qu'on devait être utiles.
Lorsqu'on était nombreuses, on rendait inutiles
Les traitements coûteux, les poudres et les sels
Qui tuaient les taupins, les chenilles des noctuelles.


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