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La bargette de Térek (Xenus cinereus)


Vous m'avez vue une fois. J'étais toute perdue
Au beau milieu d'un nombre innombrable d'oiseaux.
M'auriez-vous repérée s'il n'y avait pas eu :
Cet ornithologiste assis près d'un ruisseau
Qui vidait un polder à peine commencé
Ou des sables et des vases, intimement mêlés,
Servait de promenoir à tous nos petits pieds
Et quantité de proies pour nos petits gésiers ?

S'il n'y avait pas eu mon long bec retroussé,
Mes pattes jaune franc... Comme je suis agitée,
Vous m'auriez confondu avec une guignette.
Le bord blanc de mon aile rappelle le gambette.

D'ordinaire, quand je migre, j'évite ces côtes-là…
Comment ai-je donc fait pour me retrouver là ?
Je suis partie des bords des eaux en Sibérie.
C'est là que je suis née, je suppose, dans un nid.

Pourtant, je savais bien que c'était en Afrique
Qu'il me fallait aller. J'ai suivi des migrants
Qui y allaient aussi, sans savoir cependant,
Qu'ils filaient droit vers l'ouest, direction l'Armorique

D'habitude, j'hiverne plutôt au Mozambique.
Donc il aurait fallu que je descende tout droit,
Survole la mer Noire et le Sinaïtique...
Partie comme je suis, à Groix, je vois ma croix !

Á moins que je ne meure d'ennui si je me perds,
Qu'on retrouve mon corps dans une laisse de mer
Et laisse pour toujours, inconsolée ma mère.
Pour moi, vite, appelez les gens du HCR...

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