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La chouette de Tengmalm (Ægolius funereus)


Je vous ai surveillé toute la matinée.
Vous ne m'avez pas vue, car bien trop occupé,
Un couple de durbec ne vous a pas quitté.
Voir des hommes en forêt est une curiosité !

Le soir, à votre tente, ce fut le mésangeai
Qui vint, comme affamé, finir le cassoulet
Que vous aviez laissé au fond de votre poêle.
Plus tard, vint à passer la chouette de l'Oural !

Á peine entr'aperçue qu'elle s'envole aussitôt.
Elle a pris quelque chose : un lemming, un mulot ?
Toutes les grives litornes alertent dans les cimes.

Puis le silence s'installe, profond comme l'abîme.
Les feuilles des trembles s'arrêtent de trembler.
Les moustiques imbéciles viennent alors se brûler
Au feu sous la bouilloire où chauffe l'eau du café.
C'est la nuit qui s'installe, car le jour s'est couché !

La lumière pourtant ne quitte pas les cieux.
Au-delà du polaire, les cônes dans les yeux
Fonctionnent toute la nuit, au moins pendant l'été.

Mais qu'il fasse jour encore, la nuit est bien tombée !
Des élans se déplacent à grands pas mesurés.
Ils vous sentent de loin et s'arrêtent intrigués.
Un blaireau, de travers, court le poil hérissé,
Se couche sur la piste, commence à se gratter.

Je vole, me voyez-vous, comme une chauve-souris
Et vais me poser sur les branches dégarnies
D'un arbre déjà mort depuis des décennies
Où m'attendent mes enfants déjà sortis du nid.
Ils se serrent comme ils peuvent sur une branche sèche.
Ils sont beaux, chocolats avec de blanches mèches
Qui leur font des moustaches et de jolis sourcils,
Des yeux d'or qui vous fixent.

__________________Vous les avez surpris !
Ils resteront muets jusqu'à ce que je revienne,
Un lemming des forêts tué entre mes serres.
C'est toute une aventure pour le leur distribuer.
Ils poussent des cris perçants et veulent tous l'avaler.

Ma compagne attend avec une musaraigne,
Qu'elle offrira aux jeunes en guise de dessert.
Pendant qu'elle les nourrit, je pousse mon cri de huppe
Et repars à la chasse aux rongeurs lilliputs.

La chasse sera très bonne, car tout pendant la nuit,
Nous n'arrêterons guère d'apporter des souris.
Tous mes enfants repus retourneront au nid.
Mais vous, à ce qu'il semble, vous êtes endormi !

C'est un cheval de trait, tout seul dans la forêt,
Frémissant des naseaux, qui va vous réveiller.
Ses longs filets de bave vous coulent sur la peau.
Il vous pousse du nez. Il mord votre parka.
Mais votre pipe qui pue, vraiment ne lui plaît pas.
Il repart sur la piste, doucement et au trot.

D'où vient-il ? Où va-t-il ? Ne le saurez jamais.

Pas une âme ne vit dans toute la forêt,
D'âme humaine, de génie ou bien de farfadets.
C'était bien un cheval, vous n'avez pas rêvé !
Parfois la taïga offre à ses voyageurs
Des mystères, des énigmes et même des frayeurs.
Ils se prennent un instant pour Dersou Ouzala,
Écrasent un moustique qui suçait son repas.
Mais les tigres sont rares et ressemblent aux lynx,
Qu'il faut imaginer quand on croise leurs pas,
Sur la boue du chemin, les restes d'un repas…
Pour savoir où ils sont, interrogez les sphinx !

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