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Le bécasseau de Temminck (Erolia temminckii)


D'un coup, il a fait froid. Le brouillard est tombé.
Les yeux écarquillés, on ne voit pas son nez !

J'habite près d'un village de trois maisons de bois,
Couvertes de gazon qui pousse sur le toit.
J'habite auprès d'un lac au nom imprononçable.
Cela revient à dire que le village aussi
Est à côté du lac. Je voulais être précis.

Une autruche, c'est sûr, la tête dans le sable,
Y verrait mieux que nous dans ce pays superbe,
Mais tellement noyé dans cette brume épaisse
Qu'on avance d'un pas, nos repères disparaissent,
Qu'on avance de deux, c'est forcé qu'on se perde.

Je me suis installé sur un gros rocher rond.
Je vous vois approcher dans un parka fourré,
Car il pleut maintenant pour ne rien arranger.
J'aurais pu m'envoler. Je me suis fait tout rond
Et tout ébouriffé. Je repose sur un pied,
Alternativement, le gauche et puis le droit,
Et souvent je m'ébroue, car je suis tout mouillé.
Jésus n'est pas le seul qui ait porté sa croix

Le temps épouvantable me fait rêver d'Afrique
Où je passe les hivers du côté des grands lacs.
J'aime assez l'adjectif qui s'écrit nilotique,
Car bien avant Stanley, je découvris la flaque
Qui sert de source au Nil. Vous savez, je présume,
Que personne ne sait, pas même Livingstone,
Où elle est justement. Je l'ai marquée d'une plume.
Il ne la pas trouvée. Il était bien trop stone

Mais pour faire mes enfants, il me faut en Arctique,
Chaque année que Dieu fait, au moins pendant l'été,
Revenir sur les rives de ce lac magique,
Qui, seul, me permet d'accomplir ma nichée.

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