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La grande tégénaire (Tegenaria gigantea)


Je comprends volontiers que mes toiles vous gênent,
Surtout qu'elles se salissent des poussières qui retombent
Partout dans la maison. Pas même Diogène
Ne voudrait y loger, lui préférant la tombe !

Mais j'apprécie beaucoup quand vous les enlevez
En faisant attention de sauvegarder le tube
D'où je guette telle goule, démone ou succube,
Qu'une proie s'y empêtre, que je puisse la sucer.

Car, à peine au matin, quand la lumière s'infiltre
Entre les interstices des volets qui la filtre,
J'ai déjà tissé une toile toute neuve…
Vous m'offrez une mouche avant qu'elle ne soit veuve.

J'aime celles qui sucent le vinaigre balsamique.
Elles sont acidulées, menu gastronomique.
Elles me font une taille à rentrer au Guinness.
Pour un peu, aux mygales, je leur ferai le stress.

À la fin de l'été, c'est le temps des amours.
Mon mari, ce timide, tout en préliminaires,
Perds un temps précieux. J'envie le missionnaire
Qui tombe la soutane, sans trompette ni tambour !

Mon mâle craindrait-il que j'en fasse une bouchée ?
Sans doute ne sait-il pas combien je suis pressée ?

Les mâles d'animaux parfois battent la semelle
Alors que d'impatience se pâment leurs femelles.

Est-ce qu'il en est ainsi dans votre espèce humaine ?

Quand pour pouvoir baiser quand l'hormone vous malmène,
Faut-il que vous fassiez le ménage et les courses ?

Faut-il que vous alliez décrocher la grande ourse ?


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