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La taupe (Talpa europaea)



J'abhorre les euphorbes autant que les ricins
Qui sécrètent des toxines qui donnent aux lombrics,
Des coliques gastriques, des crampes à l'ombilic
Et m'obligent à quitter mon domaine souterrain,
Oublié par les Dieux… Même le jour, il fait nuit !

Mon histoire est curieuse et vaut d'être contée…
Si vous avez du temps, un peu, pour m'écouter,
Je vais par le menu vous dire mon ennui.

Tout est parti un jour de circonstances idiotes…

Il y a fort longtemps, je vivais dans les mines
Qu'exploitaient en sylphant des nains à bonne mine,
Des korrigans rêveurs, des elfes rigolotes.
Ensemble nous creusions le sol des galeries
Pour trouver des diamants, des ors et du tellure,
Des borosilicates, de l'orichalque aussi
Ou de la kryptonite sous forme de sulfures.
Tous ces métaux précieux, servaient, ça va de soi,
Aux parures des reines, aux couronnes des rois.

Un matin, par hasard, je découvris cachée
Une pierre inconnue de la taille d'un cachet.
Aussitôt, je l'apporte à l'assemblée des fées
Qui décide, bientôt, de la monter en bague
Et de l'offrir en gage, aux Gnomes de la vague
Pour qu'ils les laissent nues, se baigner sans effets.

Tout le monde fut d'accord, l'occasion était belle
De les voir dévêtues.

__________________D'un anneau de spinelle,
La pierre fut montée et le marché conclu
Avec le roi Arnold, de Jekub descendu...
La bague à peine au doigt, le roi Gnome plongea,
Rejoignit l'eau profonde, entouré des sirènes,
Envieuses du bijou, commentant son éclat,
Regrettant, cependant, son blanc polystyrène.

La pierre, sitôt dans l'eau, se mit à faire des bulles…
En moins de temps qu'il faut dans un conciliabule
Pour décider en hâte qu'il y a des urgences,
La pierre fut dissoute en grande effervescence.

La guerre fut évitée, de bien peu, il est vrai.
Bien sûr, on m'accusa d'être cause de l'affaire.
On me mit au cachot. On me fit un procès
Et on me condamna pour toujours aux galères.

Il me faudrait, dès lors, rechercher une pierre
Identique en tout point à celle qui fondit.
C'est ainsi, que depuis, je creuse des galeries,
Épaulée, en cela, par de brunes courtilières.

Ce travail me harasse et me fout la migraine.
Je n'ai pas une minute pour casser une graine.
Je ne sors plus jamais et j'ai mauvaise mine…
À peine plus bronzée qu'un cachet d'aspirine !

Je suis bien obligée de porter une fourrure
Pour ne pas avoir froid dans mes caves humides
Ou je stocke des trésors qui, trop vite, s'oxydent…
C'est fou ce que les gens enterrent comme ordures.
Les mêmes qui, souvent, disent aimer la nature
Pour sa diversité et couvrent de gazon
Tout leur jardin, bien ras et sèment des poisons
Pour nous éradiquer, si parfois, d'aventure,
D'une motte de terre, avec soin, émiettée,
Nous venons les prévenir qu'ils peuvent se rassurer…

La niche écologique veut que nous régulions,
Des taupins et noctuelles, toute pullulation.
Ce faisant et en plus, nous recyclons l'humus
Qui percole sous l'action des pluies et arrosages.

Et pour nous remercier d'empêcher de Malthus
Que ses lois ne s'appliquent… on nous piège, on nous gaze !

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