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Le traquet tarier (Saxicola rubetra)


J'aurais bien du mal à ne pas me satisfaire
D'un milieu aussi riche près de cette tourbière.
Des carex endémiques, du genre bicolor,
Se mêlent aux swerties et recouvrent les vases
Qui retiennent prisonniers les papillons de gaze.
Les saules asphyxiés et blanchis par la mort
Se troublent dans les rides de l'eau qui les reflète.
Des flocons cotonneux ornent les linaigrettes.

Les éboulis schisteux que le torrent dépose,
Se couvrent de framboises où plastronne le merle.
Les lis martagon fleurissent entre les berles,
Les aconits napel et les géraniums roses.
Un chevreuil est passé laissant dans la rosée
Une trace fugace et vite évaporée.
Le soleil maintenant dépasse les mélèzes.
L'aigle joue dans le vent le long de la falaise.

Quand ils passent, je cueille des insectes pressés.
Mes enfants de l'année viennent les quémander.
Il serait temps pour eux qu'ils apprennent à chasser
Et qu'ils me laissent ainsi quelque chose à manger.
Sinon je serai maigre autant qu'un stockfisch
Et mourrai sûrement en allant vers l'Afrique.
Mais, voyez-vous, mon drame, tout le monde s'en fiche.
Les petits des oiseaux sont des égocentriques.

Pourtant ce n'est pas faute de tout leur consacrer,
Du temps, de la patience et de l'obstination.
De les pondre dans des œufs qui font l'admiration,
Par leur couleur turquoise, luisante, un peu foncée,
Des Dieux qui les connaissent...
__________Des hommes quand ils les trouvent...
Car je cache mon nid souvent mieux que pipits.

Pendant près de quinze jours, ma femelle les couve…
Quinze jours plus tard, ils sont ma réussite.

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