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Le taon des bouviers (Tabanus bovinus )


Je suis très remonté. Ca ne date pas d’hier.
Mais la faute en incombe surtout à Jupiter.
Je vivais dans les près où Io, et ses commères,
Paissaient paisiblement, attendant la laitière.
Je vivais sur les fleurs, aspirant leurs nectars
Et m’endormais, soûlé, quand arrivait le soir.

Mais Io s’ennuyait. Elle trouvait le temps long.
D’autant que de l’amour, les Dieux l’avaient privée.
- Les femelles sont ainsi, éloignées de la couche,
Pour une bagatelle, vite, elles prennent la mouche. -
Io vint me trouver, voulut que je l’agace,
Préférant qu’on la broute, plutôt qu’elle ne pacasse.

La tournure est osée, mais je fis de mon mieux
Pour qu’alors elle ruade, s'emballe, court et s’affole.
Les Dieux, vite irrités, de toutes ces cabrioles,
Une fois n’est pas coutume, implorèrent les cieux
Pour que le plus petit de la race mortelle
Ne soit plus importun aux vaches qu’il harcèle.

Jupiter, promptement, me demande de venir.
Je m’approche. Je me pose. Je chatouille son cuir.
Il me chasse. Mais j’insiste. Je gonfle son courroux.
Hercule s’avance alors et d’un coup de massue,
En voulant me tuer, l’assomme du premier coup.
L’Olympe rugit d’éclairs qui descendent des nues.

Les Dieux et les puissants, pour peu qu’on les ennuie,
Promulguent des ordonnances qui les mettent à l’abri,
Ajoutant aux communs quelques menus soucis
Qu’il leur faut accepter, sinon ils sont punis.
Pour calmer les ardeurs des vaches privées d’amants,
Les Dieux me condamnèrent à leur tirer les sangs.